Collège Glendon : Une pétition demande le maintien de l’autonomie et des programmes en français

Par Patrick Bizindavyi

Patrick Bizindavyi- GrandToronto-IJL

 Face aux inquiétudes grandissantes qui pèsent sur l’avenir du seul campus universitaire de langue française et bilingue du sud de l’Ontario, la communauté francophone et universitaire monte au créneau. Une pétition d’envergure demandant la protection intégrale du Collège universitaire Glendon a officiellement franchi le cap des 2 000 signatures. Ce mouvement de contestation, relayé par le média ONFR+, illustre la vive inquiétude de la Francophonie ontarienne face aux plans de restructuration amorcés par l’administration centrale de l’Université York.

Une institution historique au cœur d’une tempête budgétaire

Situé dans un cadre verdoyant au cœur de Toronto, le Collège Glendon incarne depuis plus d’un demi-siècle un bastion de l’enseignement supérieur bilingue. Fondé avec la mission explicite de former les élites professionnelles et politiques de la province dans un environnement immersif en français et en anglais, le campus se distingue par son modèle à taille humaine et sa tradition d’excellence en arts libéraux et affaires internationales.

Toutefois, le contexte financier difficile auquel font face plusieurs établissements postsecondaires ontariens a poussé la direction de l’Université York à envisager d’importantes mesures d’austérité. Parmi les pistes de restructuration qui circulent au sein de l’institution figurent la centralisation de certains services, la rationalisation des programmes et la possible réorganisation administrative des facultés. Pour la communauté de Glendon, ces orientations font craindre le pire : une perte progressive de son autonomie facultaire, le transfert de programmes vers le campus principal de Keele, ou encore une érosion inévitable de son caractère bilingue distinctif.

Un manifeste clair : « Sauvons Glendon / Save Glendon! »

Pour contrer cette menace, une coalition regroupant des membres du corps professoral, du personnel administratif, de la population étudiante et des diplômés a lancé le manifeste Sauvons Glendon / Save Glendon!, hébergé sur la plateforme citoyenne Action Network. Adressé directement au Conseil d’administration (Board of Governors) ainsi qu’à la présidence par intérim de l’Université York, le texte formule des exigences concrètes pour prémunir l’établissement contre toute dégradation de sa mission.

En premier lieu, les signataires réclament le maintien strict du statut de faculté autonome de Glendon, afin de la préserver de toute fusion administrative avec d’autres facultés du campus de Keele qui risquerait de diluer sa mission bilingue originelle. Le manifeste insiste également sur la protection intégrale des installations du campus, exigeant l’assurance que ce site historique demeurera un lieu d’enseignement et de recherche vivant, entièrement voué à la mission académique de l’établissement.

Par ailleurs, la coalition demande un soutien financier pérenne dédié aux programmes en français pour garantir la poursuite de sa mission historique auprès de la communauté franco-ontarienne. Enfin, les signataires insistent sur la nécessité d’une véritable transparence décisionnelle, rendant obligatoire l’inclusion directe et systématique des instances représentatives de Glendon dans toute prise de décision touchant l’avenir et la gouvernance de l’institution.

Un écho de solidarité à travers le pays

La mobilisation dépasse désormais largement les frontières de la ville de Toronto. Au-delà des organisations locales et des associations étudiantes comme la York Federation of Students (YFS) et le syndicat des étudiants de Glendon, le mouvement a trouvé des appuis stratégiques au sein du milieu postsecondaire canadien.

L’Association des professeur(e)s de l’Université Concordia (CUFA), basée au Québec, a notamment publié une déclaration officielle de solidarité soutenue par des réseaux universitaires provinciaux et nationaux. De son côté, l’Union des associations des professeurs des universités de l’Ontario (OCUFA) participe activement au relais de la pétition. Pour ces organismes syndicaux, la situation à Glendon n’est pas un cas isolé, mais le symbole des tensions actuelles entre les exigences de rentabilité budgétaire et la préservation de la diversité linguistique et académique au Canada.

Un enjeu politique et culturel majeur pour Toronto

Pour la région du Grand Toronto, où la population francophone et francophile ne cesse de croître sous l’effet de l’immigration et de l’engouement pour l’immersion française, l’avenir du Collège Glendon dépasse le simple cadre universitaire. La perte ou le démantèlement d’un tel établissement porterait un coup dur à l’offre éducative en français dans le Sud de la province.

Alors que les débats se poursuivent au sein du Sénat de l’Université York et des différentes instances consultatives, les organisateurs de la pétition entendent bien utiliser ce cap des 2 000 signatures pour accentuer la pression sur les décideurs. La bataille pour la survie et l’épanouissement du Collège Glendon ne fait que commencer, et la communauté franco-ontarienne entend bien continuer d’exiger des actes concrets pour protéger son patrimoine éducatif.

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