Soins de santé en français : Pourquoi la langue est une question de survie en Ontario

Par Patrick Bizindavyi

Dans le système de santé ontarien, pouvoir s’exprimer et être compris dans sa langue maternelle est trop souvent perçu comme une simple commodité. Pourtant, pour la communauté francophone du Grand Toronto et de l’Ontario, l’accès aux soins en français est une question directe de sécurité, de qualité de prise en charge et d’équité.

Une série de rapports récents et une étude d’envergure viennent confirmer ce que les professionnels de la santé et les usagers répètent depuis des années : la barrière linguistique en santé a des conséquences mortelles.

11 % de risque de décès en moins : l’impact mesurable de la langue

Selon une étude majeure diffusée par ONFR, le fait de recevoir des soins de santé dans sa langue maternelle réduit le risque de décès de 11 % chez les francophones vivant en situation minoritaire au Canada.

Lorsqu’un patient francophone est pris en charge par un médecin ou une équipe soignante en mesure de le comprendre sans intermédiaire, la précision du diagnostic augmente de manière significative, car les symptômes complexes ou psychologiques sont décrits avec nuance et justesse.

De plus, l’observance thérapeutique s’en trouve grandement améliorée : la compréhension des posologies, des traitements et des suivis post-opératoires devient nettement plus solide. Enfin, les erreurs médicales diminuent considérablement lorsque les quiproquos liés au stress et au jargon médical sont drastiquement réduits.

« Recevoir des soins dans sa langue maternelle n’est pas un luxe culturel, c’est une composante fondamentale de la sécurité des patients. En situation de crise ou de détresse médicale, l’anglais de tous les jours s’efface souvent au profit de la langue première. »

L’AFO interpelle le gouvernement ontarien

Face à ces constats alarmants, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) monte au créneau. L’organisme porte-parole de la communauté demande instamment à la province de mettre en place des mesures concrètes pour garantir l’offre active de services de santé en français.

Parmi ses demandes clés, l’AFO réclame tout d’abord la désignation systématique des professionnels de santé afin d’identifier dès l’embauche les capacités linguistiques du personnel dans les hôpitaux et cliniques du Grand Toronto et de l’ensemble de la province.

L’organisme insiste également sur la nécessité d’un financement pérenne des institutions francophones pour assurer des ressources durables aux centres de santé communautaires et aux entités de planification. Enfin, l’AFO préconise un soutien accru à la formation en français dans les programmes postsecondaires en santé, un élément indispensable pour former la relève médicale directement en Ontario.

Un enjeu critique dans le Grand Toronto

Dans la région du Grand Toronto (GTA), où la diversité linguistique est immense, les francophones se retrouvent fréquemment confrontés à une absence totale d’interlocuteurs francophones lors de leurs passages aux urgences ou en soins de longue durée.

Pour les aînés et les personnes vulnérables de Toronto, la barrière de la langue transforme chaque rendez-vous médical en un parcours d’obstacles anxiogène.

L’AFO et les acteurs de la santé communautaire rappellent que la Loi sur les services en français de l’Ontario doit se traduire sur le terrain par des gestes concrets : des affichages clairs, un accueil bilingue effectif et, surtout, des praticiens capables d’offrir un diagnostic sans barrière de la langue.

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