À l’approche de l’automne, le marché immobilier torontois offre un tableau contrasté : on observe un léger regain de ventes, mais dans un contexte de surabondance d’offres et de pression continue sur les prix. Pour les acheteurs, c’est une période rare de marge de manœuvre ; pour les vendeurs, un moment pour revoir les attentes.
Une hausse modeste des ventes… mais pas de reprise fulgurante
En septembre 2025, le nombre de transactions dans la région du Grand Toronto (GTA) a augmenté d’environ 8,5 % par rapport à l’an dernier, totalisant 5 592 ventes via le système MLS de la TRREB, le Conseil de l’immobilier de la région de Toronto. Sur une base désaisonnalisée, cela représente également une progression de 2 % par rapport à août. Cette reprise relative est saluée par certains observateurs comme un signe que la baisse des taux d’intérêt amorcée par la Banque du Canada commence à attirer des acheteurs jusque-là relégués sur la touche.
Mais “reprise” ne signifie pas retour au passé : malgré cette progression, le volume de transactions demeure inférieur à la moyenne sur dix ans pour un mois de septembre d’après les chiffres de la TREB toujours. Le marché est actif, mais pas en pleine effervescence.
Pression baissière sur les prix : le moment d’acheter?
La hausse des ventes ne masque pas la tendance dominante : les prix continuent de glisser. Le prix de référence composite (MLS HPI) a reculé de 5,5 % par rapport à l’an dernier. Le prix moyen de vente, quant à lui, s’établit à 1 059 377 $, en baisse de 4,7 % sur un an. Sur une base mensuelle désaisonnalisée, le HPI baisse de 0,5 %.
Depuis le sommet atteint en 2022, la correction cumulée est sévère : les prix sont désormais environ 25 % inférieurs aux pics. Certaines analyses vont jusqu’à affirmer que le marché doit “accepter que le premium d’avant-pandémie soit désormais révolu”.
Certains acteurs du marché de l’immobilier parlent d’un “tsunami d’inventaire” — et pour cause. En septembre, le nombre de listings actifs a grimpé de 18,9 % par rapport à l’an dernier, atteignant 29 394 biens sur le marché. De nouveaux biens ont été mis en vente à hauteur de 19 260, soit une hausse de 3,9 %. Le ratio “ventes / nouvelles offres”, un indicateur clé de l’équilibre entre offre et demande, a plongé à seulement 29 %, un niveau historiquement bas, typique des phases où les prix sont à la baisse.
Autre signe inquiétant : le marché des logements neufs — notamment les condos — s’est quasiment figé. Les ventes de nouveaux logements dans le Grand Toronto ont atteint leur pire niveau sur plusieurs années, alors même que les promoteurs continuent d’accumuler des unités achevées sans preneur.
En entrevue, un agent immobilier de la région de Toronto nous indique observer un regain d’intérêt pour les maisons individuelles et les semi détachées de la part de primo investisseurs. Avec des taux d’intérêt attractifs et un creux significatif dans les prix, c’est un marché favorable aux acheteurs, mais ces conditions risquent de le pas durer.

Le marché global en bref
- Prix moyen : 1 059 000 $ (-4,7 % sur un an)
- Indice HPI : -5,5 %
- Ventes : 5 592 (+8,5 % vs 2024)
- Nouvelles inscriptions : 19 260 (+3,9 %)
- Inventaire total : 29 394 biens (+18,9 %)
- Ratio ventes / offres : 29 % (marché d’acheteurs)
Faits marquants
- Correction totale : -25 % depuis le pic de 2022
- Les condos sont les plus touchés : difficulté à vendre, prix stagnants.
- Les maisons individuelles tiennent mieux grâce à la rareté dans certains quartiers.
- La baisse des taux a ravivé la demande, mais pas encore la confiance.
416 (Ville de Toronto)
- Prix moyen : 1,06 M $
- Baisse des ventes limitée (-2 %) mais hausse de l’inventaire de 20 %.
- Le centre-ville souffre surtout du surplus de condos : plus de 10 000 unités en vente.
- Témoignage d’un courtier : « On se sent pris au piège. Les acheteurs visitent, mais ne se décident plus. » (source : Radio-Canada).
905 (banlieues : Mississauga, Brampton, Durham, York)
- Prix moyen : 1,02 M $, en recul de 6 %.
- Maisons détachées : forte baisse d’activité (-9 %), mais meilleure stabilité des prix.
- Les familles avec enfants profitent des taux plus bas pour revenir, surtout à Whitby et Milton.
- Les projets neufs stagnent : plusieurs chantiers suspendus faute d’acheteurs confirmés.
Choix, patience et négociation
Pour les acheteurs, cette rentrée est une opportunité rare. Le surplus d’inventaire permet une marge de négociation plus grande. Les choix sont nombreux, et la pression sur les vendeurs est réelle. Toutefois, la prudence l’emporte : beaucoup achètent en mode “attente” plutôt qu’en sautant sur le premier bien venu.
Pour les vendeurs, la donne a changé. La forte concurrence oblige à revoir les attentes à la baisse. Certains ajustent leur stratégie : peinture, rénovations, communication plus agressive… mais souvent cela ne suffit pas à justifier des prix rigides. Les biens “non attrayants” risquent de stagner longtemps.
Vers une stabilisation ? Mais pas encore de retournement
Est-on arrivé au creux du cycle ? Pas tout à fait d’après les analystes. Le marché de l’immobilier oscille toujours entre espoir d’ajustement et excès structurel. La moindre baisse de taux d’intérêt pourrait relancer l’activité, mais elle ne résoudra pas tout : l’excès d’offre est réel, surtout dans les segments condos et logements neufs.
La réaction des acteurs clés — constructeurs, banques, gouvernements locaux — sera aussi décisive. À Toronto, la Ville fait pression pour augmenter l’offre de logements abordables et réduire les obstacles à la densification, mais ces mesures demandent du temps.
Photo de Cameron Michael Smith, Noor Rassam, pexels.com
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