Centres de données et IA : Burlington emboîte le pas à Hamilton et rejette l’idée d’un moratoire

Par Patrick Bizindavyi

Face à la multiplication des projets d’infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle, la municipalité de Burlington vient de franchir un cap décisif. À l’instar de sa voisine Hamilton, le conseil municipal a officiellement rejeté la proposition visant à imposer une pause d’un an sur la construction de nouveaux centres de données. 

Cette décision illustre le dilemme complexe auquel sont désormais confrontées les villes ontariennes : équilibrer les retombées économiques substantielles du secteur technologique avec les préoccupations environnementales et citoyennes grandissantes.

Un débat houleux au conseil municipal

L’initiative d’un gel temporaire avait été portée devant les élus par la conseillère Lisa Kearns. Mettant en avant les incertitudes entourant la consommation énergétique gargantuesque et la gestion sonore de ces installations, elle exhortait la ville à prendre un temps d’arrêt afin d’évaluer adéquatement l’impact de ces mégastructures sur la communauté locale.

« Nous devions prendre une pause responsable pour analyser minutieusement les contraintes environnementales et énergétiques avant que ces infrastructures ne s’implantent durablement dans nos quartiers », a soutenu la conseillère Lisa Kearns lors des délibérations.

Toutefois, la majorité du conseil a préféré privilégier une approche de continuité prudente plutôt qu’une suspension ferme. Le conseiller Rory Nissan, figurant parmi les voix opposées au moratoire, a fait valoir les risques juridiques et financiers majeurs qu’un tel gel ferait peser sur la municipalité, notamment face au risque de poursuites engagées par les promoteurs fonciers.

« Imposer un moratoire unilatéral expose la ville à des litiges juridiques coûteux tout en envoyant un signal défavorable aux investissements économiques dans notre région », a fait valoir le conseiller Rory Nissan.

L’effet d’entraînement de la décision de Hamilton

Le choix de Burlington s’inscrit directement dans la lignée de la décision prise par le conseil municipal d’Hamilton. Confrontée à une demande similaire d’un moratoire d’un an, la ville d’Hamilton avait elle aussi décliné l’option de la suspension générale, redoutant la perte nette d’investissements stratégiques en matière d’infrastructures numériques de pointe.

Les deux cités font face à une réalité identique : la demande exponentielle en puissance de calcul, stimulée par l’essor global des technologies d’intelligence artificielle, pousse les géants du secteur à rechercher activement des terrains vastes et sécurisés dans le Sud de l’Ontario.

Réglementation locale et appel aux gouvernements supérieurs

Plutôt que d’interdire, Burlington choisit d’encadrer. Le conseil a mandaté les services municipaux d’examiner et de réviser en profondeur les règlements d’urbanisme existants. 

L’objectif consiste à adapter les critères de zonage, les normes d’atténuation du bruit et les exigences d’efficacité énergétique sans bloquer administrativement les dossiers en cours.

Parallèlement aux démarches locales, les conseillers municipaux ont adressé un appel pressant à Queen’s Park et au gouvernement fédéral afin qu’un cadre réglementaire clair et harmonisé soit établi à l’échelle provinciale et nationale concernant l’empreinte environnementale des centres de données.

Alors que la demande en infrastructures technologiques ne cesse de croître dans le corridor de la région de Toronto et du Golden Horseshoe, la décision de Burlington confirme la trajectoire adoptée par les municipalités ontariennes : privilégier l’aménagement réglementaire au cas par cas au détriment des moratoires systématiques.

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