Le bénévolat, un premier ancrage pour les nouveaux arrivants à Toronto

Par Mike Laviolle

À Toronto, le bénévolat peut parfois peser bien plus lourd qu’une simple ligne sur un CV. Pour plusieurs nouveaux arrivants, il devient un premier point d’ancrage, une façon de comprendre les codes du travail au Canada, de briser l’isolement et de trouver sa place dans une société encore nouvelle.

Cette réalité était au cœur de la journée de reconnaissance des bénévoles organisée mardi par les Centres d’Accueil Héritage (CAH), dans le cadre de la Semaine de l’action bénévole. L’organisme, qui offre du soutien en français aux aînés et à leurs proches aidants afin de favoriser leur qualité de vie, leur autonomie et leur participation à la communauté, s’appuie aussi sur l’engagement de bénévoles venus d’horizons variés.

Parmi eux, plusieurs sont eux-mêmes de nouveaux arrivants. Leurs témoignages convergent vers un même constat: le bénévolat aide à acquérir des repères professionnels, mais il joue aussi un rôle essentiel dans l’intégration sociale et humaine.

Une réponse concrète au mur de « l’expérience canadienne »

Arrivé du Bénin il y a environ huit mois, Jérôme Djo voit dans le bénévolat une manière concrète de contourner une difficulté bien connue de nombreux immigrants: devoir prouver une expérience locale avant même d’avoir eu une première chance.

Pour lui, l’équation est simple: « pour avoir un travail, il faut avoir des expériences », explique-t-il, en soulignant que le bénévolat « ouvre une porte » et permet d’acquérir des compétences utiles pour la suite. Au CAH, il touche à des tâches administratives, met à jour des listes, fait des enregistrements et découvre différents aspects du fonctionnement de l’organisme.

Cet engagement s’inscrit aussi dans la continuité de son parcours en travail social. Aider les autres fait déjà partie de ses valeurs, dit-il, et le bénévolat lui permet de joindre l’utile au sens. Au-delà de l’apprentissage technique, il insiste sur la dimension humaine de l’expérience, marquée par l’accueil des aînés et la chaleur transmise dans les échanges. L’une des phrases qui l’a le plus marqué lui a d’ailleurs été confiée sur place: « Le rire, c’est le massage du cœur. »

Apprendre le terrain canadien

Même constat chez Béatrice Nkoussé, arrivée du Cameroun et bénévole au CAH depuis janvier. Formée comme éducatrice spécialisée dans son pays d’origine, elle explique avoir choisi de commencer par le bénévolat afin de mieux comprendre le contexte canadien avant d’entrer pleinement sur le marché du travail.

Pour elle, l’intérêt dépasse largement la recherche d’emploi. Le bénévolat permet certes de mettre en pratique des connaissances acquises en classe, notamment l’usage de certains logiciels, mais aussi de se familiariser avec les façons de collaborer ici, les attentes professionnelles et l’accompagnement des aînés dans un cadre canadien. Elle y voit une « expérience pratique, professionnelle », mais aussi une façon de mieux comprendre la société dans laquelle elle s’installe.

Elle souligne également que cette implication aide à sortir de certaines frustrations que peuvent ressentir les nouveaux arrivants. Voir des dizaines d’aînés engagés depuis des années dans le service aux autres l’a, dit-elle, profondément motivée. Être reconnue pendant cette journée spéciale a été pour elle une surprise, mais surtout une confirmation que le bénévolat va « au-delà » de la simple recherche d’expérience canadienne: c’est aussi « une autre expérience de vie » et un apprentissage de l’intégration.

Rompre la solitude, réduire le stress

Pour Merveille Fotso, étudiante en travail social au Collège Boréal et installée au Canada depuis environ huit mois, le bénévolat a d’abord commencé presque par nécessité. Comme elle devait parfois attendre plusieurs heures entre la fin de ses cours et son retour vers Niagara, elle a choisi d’occuper ce temps autrement en s’impliquant au CAH.

Là encore, l’expérience rejoint directement son projet professionnel. En travaillant auprès d’un organisme tourné vers les personnes âgées et les clientèles vulnérables, elle estime acquérir une expérience utile pour son futur métier. Mais ce qu’elle met surtout en avant, c’est l’effet du bénévolat sur le plan personnel.

« Parler avec des gens, ça réduit le stress », dit-elle. Dans un contexte d’installation où tout peut aller vite et devenir lourd, être entourée lui permet de se sentir « plus heureuse », « plus épanouie » et « moins seule ». Même si elle n’en est qu’à ses débuts, elle a déjà pu apprendre des tâches concrètes, comme l’utilisation d’Excel lors d’activités administratives.

Le bénévolat, bien plus qu’un tremplin

Les trois parcours diffèrent, mais racontent au fond la même chose. À Toronto, et plus largement au Canada, le bénévolat peut servir de tremplin professionnel, oui. Il permet d’ajouter une référence, de développer des compétences, de se familiariser avec les outils et les attentes du milieu. Mais il remplit aussi une autre fonction, plus discrète et peut-être tout aussi importante: il aide à entrer en relation, à comprendre son nouvel environnement et à se sentir utile dès les premiers mois.

En choisissant de mettre ses bénévoles à l’honneur pendant la Semaine de l’action bénévole, les Centres d’Accueil Héritage rappellent ainsi une évidence: derrière chaque geste donné gratuitement, il y a souvent bien plus qu’un service rendu. Pour certains nouveaux arrivants, il y a déjà le début d’une intégration.

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Mike Laviolle – Grand Toronto – IJL

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