Paroles de la communauté : Fabien Hébert, pour faire avancer la francophonie ontarienne

Par Mike Laviolle

Toutes les deux semaines, nous donnons la parole à celles et ceux qui font vivre, évoluer et rayonner la francophonie du Grand Toronto et de l’Ontario.

Originaire de Hearst et président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario depuis 2022, Fabien Hébert revient sur ses racines, son engagement et sa vision d’une francophonie ontarienne en pleine transformation. 

Quels souvenirs d’enfance incarnent pour vous ce premier contact fort avec la francophonie ontarienne ?

Je suis originaire de Hearst, une petite communauté francophone du Nord de l’Ontario qu’on appelle souvent le petit Québec, parce qu’elle a su garder sa langue malgré l’environnement anglophone de la province. Mes racines sont fermement ancrées dans cette francophonie-là et dans ce que ça m’a apporté en grandissant.

La francophonie était tellement forte chez nous que, comme enfant, on n’avait pas vraiment conscience de vivre en situation minoritaire. C’est quand je suis parti faire mes études, quand j’ai commencé à voyager à l’extérieur, que j’ai réalisé à quel point Hearst avait quelque chose de particulier dans sa capacité à maintenir sa langue et son identité francophone.

Y a-t-il eu des événements marquants qui ont façonné votre désir de faire avancer la francophonie ?

Oui, je pense à deux moments importants. D’abord, le frère de mon père, mon oncle, a souffert de problèmes de santé mentale et a dû être hospitalisé dans le sud de la province, dans un milieu où il n’y avait aucune capacité d’offrir des soins en français.

L’impact a été énorme. Il venait d’un milieu entièrement francophone et s’est retrouvé incapable d’échanger avec les professionnels de la santé. Plus tard, quand j’ai poursuivi mes études à l’extérieur, j’ai compris que ce que mon oncle avait vécu n’était pas un cas isolé, mais une réalité pour bien des francophones qui devaient aller chercher des soins spécialisés hors de leur communauté. C’est là que j’ai réalisé à quel point la francophonie ontarienne pouvait être fragile à l’extérieur de certains bastions, et à quel point l’accès aux services en français n’allait pas de soi.

Quel a été votre premier engagement concret au service de la communauté francophone ?

Je dirais qu’il y a eu deux volets. D’abord, mon engagement comme professionnel de la santé. J’ai suivi une formation en inhalothérapie, puis j’ai choisi de revenir travailler dans le Nord pour offrir des services en français à la clientèle d’ici.

Ensuite, je me suis impliqué dans la communauté, notamment avec une agence régionale de services de santé mentale. Ce sont vraiment ces premières expériences qui m’ont permis de contribuer à faire avancer la francophonie, à la fois pour les gens de ma communauté et, plus largement, pour la province.

« L’AFO, c’est l’organisation porte-parole »

Comment décririez-vous l’importance de l’AFO dans le paysage politique et culturel franco-ontarien ?

L’AFO, c’est l’organisation porte-parole de la communauté francophone au niveau politique. Il existe plusieurs organismes spécialisés — dans l’éducation, la santé, les professions — mais l’AFO chapeaute ces réalités-là sur le plan politique.

Notre rôle, c’est de faire des interventions ciblées auprès des bonnes personnes, au bon moment, pour faire avancer les dossiers qui touchent la communauté. On l’a vu, par exemple, dans le dossier de l’Université de Sudbury, où l’AFO a agi auprès des ministères concernés pour défendre les besoins en éducation en français.

Pour moi, la santé demeure aussi un dossier majeur. C’est d’ailleurs ce qui m’a motivé à m’impliquer davantage, parce qu’il y avait — et il y a encore — des lacunes importantes dans l’offre de services en français.

Quel moment fort de votre présidence illustre, selon vous, la ténacité des Franco-Ontariens ?

Je pense immédiatement à deux dossiers. Le premier, c’est la reconnaissance de l’Université de Sudbury comme institution par et pour les francophones. On l’a encore vu récemment avec l’annonce du financement dans le budget.

Le second, c’est la création du centre provincial de planification des services de santé en français. À un moment donné, le gouvernement semblait vouloir changer complètement de modèle. L’AFO est intervenue pour redresser la situation et s’assurer qu’on conserve l’expertise acquise sur le terrain. On est passés de six entités à une structure provinciale, mais en maintenant cette mémoire corporative et l’expertise des personnes qui travaillaient déjà dans le système. Pour moi, ça a été un moment fort.

Comment définissez-vous aujourd’hui le patrimoine vivant franco-ontarien ?

Je pense qu’on est en train de le créer. Bien sûr, tout ce qui a été construit dans les 50 dernières années est important. Les institutions qu’on a mises en place ont joué un rôle fondamental. Mais ce ne sont pas nécessairement les mêmes modèles qui vont nous permettre d’avancer dans les 50 prochaines années.

La démographie franco-ontarienne change. Une part importante de la croissance de la communauté vient aujourd’hui de l’immigration francophone. Cela veut dire que le portrait de la francophonie ontarienne se transforme et qu’on doit s’adapter. Comme organisation, comme communauté, on doit prendre acte de cette nouvelle réalité et ajuster nos institutions, notre fonctionnement et notre offre de services.

« On doit s’impliquer parce qu’on a des convictions »

Comment intégrer ces nouvelles mémoires issues de l’immigration dans le récit franco-ontarien ?

La place est en train de se faire. C’est une nouvelle réalité, et il faut s’assurer que ces voix participent pleinement à la définition de la francophonie ontarienne d’aujourd’hui. À l’AFO, par exemple, nous avons des communautés consultatives qui incluent les nouveaux arrivants ainsi que des personnes issues des minorités raciales. L’objectif, c’est qu’elles puissent contribuer au développement de cette vision d’une nouvelle francophonie ontarienne. À partir du moment où ces personnes sont autour de la table, cette nouvelle francophonie s’écrit avec elles. Et je crois que c’est une façon essentielle de réussir.

Quel héritage aimeriez-vous laisser, à la fois comme président de l’AFO et comme citoyen engagé ?

Lorsque j’ai été élu, mon engagement était clair : faire avancer le système de santé pour la communauté francophone. Je crois qu’à la fin de mon deuxième mandat, on aura déjà fait bouger les choses pour assurer une meilleure place et un meilleur accès à cette communauté.

J’ai aussi l’intention de me représenter pour un troisième mandat en octobre. J’aimerais pouvoir poursuivre ce travail dans les prochaines années et démontrer que les efforts déployés depuis quatre ou six ans auront porté fruit pour l’amélioration des services de santé en français.

Quel message aimeriez-vous adresser à la jeunesse francophone ?

Je dirais qu’il ne faut pas s’impliquer parce qu’on voit cela comme un combat. Il faut s’impliquer parce qu’on a des convictions, parce qu’on croit en une vision et qu’on veut la faire avancer. Moi, je n’ai jamais vu mon engagement comme une confrontation. Je l’ai plutôt vu comme une occasion de présenter un point de vue, d’ouvrir un dialogue et de contribuer au changement. Les combats, c’est épuisant. Mais quand on s’engage pour transmettre ses idées, sa vision et pour améliorer les choses pour les générations qui suivent, alors l’implication prend tout son sens.

Pour plus d’information en français sur le Grand Toronto, consultez la rubrique actualité de notre site web.

Pour soutenir le radio CHOQFM 105.1 pour ses 20 ans cliquez ici.

Mike Laviolle – Initiative de journalisme local – GrandToronto.ca

Plus d'entrevues

Que cherchez-vous?