En l’espace de quelques semaines, l’Université de l’Ontario français (UOF) a aligné les annonces positives. Partenariat stratégique en éducation, reconnaissance pour son engagement social, financement fédéral pour sa revue savante et distinction nationale pour l’une de ses étudiantes: derrière ces nouvelles distinctes, un même mouvement se dessine. L’établissement torontois cherche de plus en plus à s’imposer comme un carrefour de la francophonie ontarienne, à la fois dans la formation, la recherche, le rayonnement institutionnel et la mise en valeur de sa relève.
Le signal le plus structurant est sans doute venu du partenariat conclu entre l’UOF et le Consortium Centre Jules-Léger, le 5 mars dernier. Les deux institutions ont signé un protocole de collaboration visant à renforcer la langue et la culture francophones en milieu minoritaire, avec l’objectif de développer des pratiques pédagogiques innovantes, des programmes de formation continue adaptés aux besoins des élèves francophones de l’Ontario, ainsi que des projets de recherche et de développement professionnel.
L’entente prévoit aussi une grande flexibilité, avec la possibilité de créer au fil du temps des accords additionnels pour des symposiums, des congrès, des projets de formation ciblés, des stages et des contributions directes à la programmation professionnelle. En d’autres mots, l’UOF veut consolider son, rôle non seulement comme lieu d’enseignement supérieur, mais aussi comme partenaire direct du système éducatif francophone ontarien.
« Cette entente poursuit plusieurs objectifs, notamment celui de collaborer afin d’offrir les meilleurs services possibles aux élèves francophones de l’Ontario ayant des besoins particuliers », affirme Jean-François Boulanger, directeur de l’éducation et secrétaire-trésorier du CCJL. Il ajoute qu’elle permettra aussi de « renforcer les projets de recherche », « accueillir des stagiaires » et « proposer des occasions de formation continue ».
Du côté de l’UOF, le recteur et vice-chancelier Normand Labrie insiste sur la volonté de mieux outiller les futures enseignantes et futurs enseignants de langue française.
« Un objectif de l’UOF est de travailler en étroite collaboration avec les institutions scolaires afin de doter nos futures enseignantes et nos futurs enseignants de l’expertise et de l’éthique professionnelles » nécessaires pour offrir « une éducation de la meilleure qualité qui soit aux élèves de langue française en Ontario », souligne-t-il.
Une reconnaissance institutionnelle qui dépasse le campus
Quelques jours plus tard (le 12 mars), l’université a obtenu un autre appui symbolique important en recevant le prix de la responsabilité sociale d’entreprise de la Chambre de commerce France-Canada Ontario, dans la catégorie des petites et moyennes entreprises. Cette distinction vient reconnaître une responsabilité sociale qui, selon l’établissement, se trouve « au coeur de son ADN », tant dans sa mission que dans sa gouvernance, son fonctionnement, ses études et ses initiatives de recherche.

L’annonce permet surtout de montrer que l’UOF est désormais reconnue au-delà du seul secteur universitaire. En étant honorée par un organisme qui met en lumière les initiatives contribuant au dynamisme des relations économiques, sociales et culturelles entre la France, le Canada et l’Ontario, l’université consolide sa crédibilité comme acteur institutionnel à part entière dans l’écosystème francophone torontois et ontarien.
« En tant que fière partenaire de la FCCCO, l’Université de l’Ontario français est honorée de se voir attribuer le prix de la responsabilité sociale d’entreprise », a déclaré Normand Labrie. « Les efforts collectifs de notre communauté toute entière se voient ainsi récompensés. Ce prix nous encourage à continuer de progresser. »
Une production de savoir en français mieux soutenue
L’autre annonce majeure du mois de mars concerne la recherche. La revue savante francophone Enjeux et Société, portée par l’UOF, a obtenu une subvention de 150 000 dollars du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada pour les trois prochaines années. Cette aide doit permettre à la revue d’assurer sa stabilité financière, d’automatiser certains processus éditoriaux et de soutenir la préparation de futurs numéros.
Fondée en 2014 puis reprise par l’UOF en 2018, Enjeux et Société traite de thèmes comme la gouvernance, l’environnement, l’innovation solidaire, l’intelligence artificielle, le numérique et l’intervention. En accès libre, elle constitue pour l’université un outil concret de production et de mobilisation des connaissances en français.
Dans un contexte où la recherche francophone en milieu minoritaire doit souvent composer avec des ressources plus limitées, ce financement revêt une portée plus large que la simple survie d’une revue. Il vient aussi conforter l’idée que l’UOF veut participer à la circulation des savoirs en français, et pas seulement à la formation de diplômés. L’établissement le dit d’ailleurs clairement en remerciant le CRSH pour son « appui à la diffusion des savoirs en français au Canada ».
« Obtenir ce financement représente une reconnaissance précieuse de notre travail et un immense soulagement », fait valoir France Aubin, rédactrice en chef d’Enjeux et Société et initiatrice de la demande de financement. Selon elle, cette subvention confirme que « tous les efforts pour maintenir des standards scientifiques élevés et publier des articles de grande qualité » portent leurs fruits.
Une étudiante qui incarne la relève que l’UOF veut faire émerger
À ces annonces institutionnelles s’ajoute enfin une réussite plus incarnée. Le 31 mars, Ghislaine Kerry Tchoupou Kuete, étudiante à l’UOF, a remporté le Prix du public lors de la finale nationale du concours d’éloquence Délie ta langue, tenue à Montréal. Sa performance, axée sur l’expression « Courir après le vent », proposait une réflexion sur la surconsommation et la nécessité de renouer avec des valeurs plus humaines.

L’UOF souligne sa « présence scénique affirmée » et un « texte remarquable », qui ont su convaincre les spectateurs. L’université y voit un parcours exemplaire, amorcé lors de sa propre finale interne et poursuivi jusqu’à une reconnaissance sur la scène nationale.
« Je suis très heureuse d’avoir remporté le prix du public, car j’avais le désir ardent de sensibiliser. Je sais donc que ma message a résonné. Ce prix va bien au-delà de tous les critères », a confié l’étudiante.
Au-delà du prix lui-même, cette victoire apporte un visage concret à l’ambition affichée par l’université. Elle permet de montrer ce que produit, dans les faits, une institution qui mise sur l’expérience, l’innovation et la valorisation de l’expression en français. Là où les autres annonces parlent de structures, de reconnaissance ou de financement, celle-ci parle de relève.
Une même ambition derrière quatre annonces
Pris séparément, ces quatre développements n’ont pas le même poids ni la même portée. Ensemble, ils racontent toutefois quelque chose de plus large: l’UOF cherche à consolider sa place dans l’espace francophone ontarien en intervenant sur plusieurs fronts à la fois. Elle tisse des liens avec les institutions scolaires, obtient de la reconnaissance de partenaires externes, sécurise des leviers pour la recherche en français et met en avant des étudiantes capables de rayonner à l’échelle nationale.
Dans une province où les institutions francophones doivent constamment démontrer leur pertinence, leur utilité et leur capacité de rassemblement, cette séquence de mars et d’avril donne à l’UOF l’occasion de se présenter comme bien plus qu’un campus universitaire: un acteur de structuration de la francophonie ontarienne.
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Mike Laviolle, journaliste de l’Initiative de journalisme local – GrandToronto.ca