La publication des résultats 2024-2025, l’OQRE, Office de la qualité et de la responsabilité en éducation, présente une intéressante photographie de l’état de l’éducation provinciale pour les écoles de langue anglaise et de langue française.
Des résultats contrastés, même si dans le cas des écoles francophones, les bilans d’évaluation s’avèrent globalement encourageants dans certains secteurs, et révèlent un avantage notable pour les élèves francophones sur leurs camarades anglophones.
Des résultats supérieurs dans l’ensemble des paliers pour le réseau francophone
Dès le plus jeune âge, les écoles francophones montrent de solides résultats. Pour l’année 2024-2025, l’OQRE a publié un rapport « Highlights » spécifique aux « French-Language Schools » dans les cycles primaire (3e année) et moyen (6e année), ainsi qu’au palier secondaire (9e année, test de mathématiques, et TPCL — Test provincial de compétences linguistiques).
Certains conseils francophones continuent d’obtenir des résultats supérieurs à la moyenne provinciale : c’est notamment le cas de Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), souvent cité comme l’un des plus performants dans le réseau francophone.
D’autres conseils, comme Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPEO), rapportent eux aussi des progrès : selon leur bilan interne, les résultats des élèves en mathématiques ont connu une hausse notable à certains niveaux, ce qui reflète un travail ciblé en numératie.
En 3ᵉ année, la différence est modeste en lecture et écriture (1 à 2 points de pourcentage d’avance pour les francophones), mais significative en mathématiques — 75 % des élèves francophones ont atteint la norme provinciale, contre 64 % des anglophones.
En 6ᵉ année, les francophones devancent les anglophones de 3 points en lecture, tout en ayant un écart plus net en mathématiques (63 % contre 51 %).
En 9ᵉ année mathématiques, 66 % des francophones atteignent la norme, contre 58 % des anglophones.
Pour le test de littératie au secondaire (TPCL), le réseau francophone affiche 93 % de réussite chez les primo-admissibles, contre 85 % pour les anglophones. Pour la catégorie des admissibles antérieurs, le taux est de 72 % contre 50 %.

Une proportion importante d’élèves — même francophones — n’atteint pas la norme provinciale, notamment en mathématiques.
Des fragilités — notamment en mathématiques et dans certains établissements
Mais le portrait n’est pas uniforme :
Pour des établissements du CÉPEO, la progression n’est pas toujours linéaire. Un cas rapporté : des élèves de 6e année ont vu leur score en mathématiques reculer, alors que leurs camarades de 3e année affichaient des progrès.
Dans une lettre adressée ux parents le 3 Décembre, le ministre de l’éducation de l’Ontario Paul Calandra déclare ainsi:
La réussite des élèves en Ontario ne s’améliore pas assez rapidement. Je sais que cela est inacceptable pour vous, et, en tant que ministre de l’Éducation, c’est également inacceptable pour moi.
Cela illustre le défi de la continuité : des bons résultats au primaire ne garantissent pas automatiquement un succès durable. L’enjeu de la numératie — longtemps identifiée comme un point sensible pour l’ensemble de la province — reste particulièrement délicat, même dans le réseau francophone.
Le constat reste partagé par le ministère : même dans le réseau francophone, « la moitié des élèves de 6e année et 42 % des 9e année ne répondent pas à la norme provinciale en mathématiques ». Autrement dit, si le réseau francophone fait mieux que l’anglophone, cela ne signifie pas que la réussite soit acquise pour tous.
Pourquoi ces résultats pour le réseau francophone sont stratégiques
Le fait que l’OQRE publie désormais des bilans distincts pour les écoles de langue française avec des rapports « Highlights » dédiés montre une reconnaissance institutionnelle forte du réseau francophone — c’est essentiel pour garantir la transparence et permettre un suivi fin.
Ces données permettent aux conseils scolaires francophones, aux parents, et aux décideurs politiques d’identifier à la fois les succès stories et les zones fragiles — pour adapter les stratégies d’accompagnement, les ressources, les priorités d’intervention.
À l’heure où le système public francophone en Ontario défend un rôle fondamental pour la vitalité de la francophonie hors-Québec, de bons résultats aux évaluations provinciales contribuent à légitimer ces écoles — tant sur le plan de la qualité que de l’équité.
Pourtant, face à ce rapport contrasté, Paul Calandra annonce la création d’un groupe consultatif chargé de revoir en profondeur l’approche provinciale en matière d’évaluation des élèves des 3ᵉ, 6ᵉ et 9ᵉ années. Ce travail s’inscrit directement dans l’examen plus large de la gouvernance des conseils scolaires. Ce comité devra travailler à comprendre pourquoi les résultats stagnent, vérifier si les enseignants disposent d’un soutien adéquat et déterminer si les tests de l’OQRE reflètent réellement le curriculum enseigné.
Interpellé sur l’avenir des conseillers scolaires, le ministre ne ferme aucune porte : il décidera après le Nouvel An, mais estime qu’aucun élément ne prouve que le modèle actuel soit adapté à la gestion d’un budget de 43 milliards de dollars. Une réforme de gouvernance est donc clairement sur la table.
À l’heure où l’enjeu de l’éducation francophone hors-Québec est central pour la vitalité culturelle et sociale des communautés, ces données constituent un levier essentiel. Il reste que le défi pour l’avenir est clair : transformer les succès ponctuels en un socle solide, partagé, homogène — pour que chaque élève, dans chaque école francophone, ait sa chance.
Retrouvez tous les résultats ici.
Cet article vous a plus? Celui-ci pourra surement vous intéresser!
Photo de Thirdman; Pexels