Le 10 novembre 2025, le 29e Festival international du film Reel Asian de Toronto présentait l’un de ses événements les plus attendus : une projection spéciale en version « sing-along » suivie d’une séance de questions-réponses de K-Pop Demon Hunters, avec invités spéciaux, un public entièrement prêt à participer et même un concours de costumes ! Cette séance a une signification particulière pour la coréalisatrice Maggie Kang, véritable architecte du film, qui a grandi à Toronto et est diplômée du programme d’animation classique du Sheridan College.
Le film suit Rumi, Zoey et Mira, membres de HUNTR/X, un groupe féminin de K-pop mondialement célèbre qui combat également des démons pour empêcher le roi démon Gwi-Ma de dévorer les âmes humaines. Elles affrontent un boys band rival, les Saja Boys, dont les membres sont secrètement des démons. Les beaux chanteurs cherchent à détruire le Honmoon, un bouclier protecteur qui maintient les forces du mal à distance.
Rempli de références culturelles coréennes, d’un univers richement développé et d’une animation inspirée de chorégraphies, le film — déjà un succès mondial — cumule 325,1 millions de vues au moment d’écrire ces lignes, faisant de lui le plus grand film de l’histoire de Netflix. Sans oublier la bande originale, qui compte 5 nominations aux GRAMMY Awards et a battu des records dans les classements Billboard. HUNTR/X est actuellement le groupe féminin n°1 au monde… alors qu’il est fictionnel. Elles sont d’ailleurs le premier girl group à atteindre la première place du Billboard Hot 100 avec Briller depuis Destiny’s Child en 2001 avec Bootylicious.

Une célébration centrée sur la communauté
La soirée a commencé sur une note dynamique avec l’animatrice Angela Sun, également actrice et dramaturge. Elle a même offert un bref échauffement vocal pour préparer le public à chanter (des sous-titres accompagnaient les chansons). Lillian Chan animait la discussion, et parmi les invités figuraient Mark Jones, doyen de l’animation du Sheridan College, ainsi que Kim Yeon-jun, consul général de Corée du Sud à Toronto. Tous deux ont souligné l’importance du film pour Toronto et son impact mondial dans la diffusion de la culture coréenne.
Après la projection, le public a assisté à une charmante séance Q&A avec deux grandes figures de l’industrie, la directrice artistique Helen Chen et la productrice Michelle Wong, toutes deux de Sony Pictures Animation. Pour clôturer la soirée avec une surprise, les spectateurs sont repartis avec des cadeaux du festival : cup ramen, café instantané et une magnifique affiche du film que j’expose fièrement chez moi !

Dans les coulisses de la création
La séance de questions a révélé l’ampleur et la collaboration derrière K-Pop Demon Hunters :
- Maggie Kang développe le concept depuis au moins 2016, bien avant le début de la production en 2020. Sa fille — qui s’appelle aussi Rumi, comme l’héroïne — est née avant le film, preuve que l’idée habitait la réalisatrice depuis longtemps.
- Sony a envoyé l’équipe en Corée du Sud pour observer les lieux, comprendre ce qui rend la culture coréenne unique et capturer fidèlement la nourriture et l’architecture, notamment traditionnelle. Ni Helen Chen (d’origine chinoise américaine), ni Michelle Wong (d’origine chinoise japonaise) n’étaient coréennes, et elles ont expliqué combien ce travail était aussi un apprentissage culturel.
- L’importance d’embaucher des talents asiatiques, notamment des artistes, comédiens et chanteurs coréens, a été soulignée. Elles ont évoqué une stagiaire en design incroyablement minutieuse qui, en trois mois, a conçu les tenues des fans avant de retourner à l’école.
- La bande sonore a pris trois ans à développer, en collaboration avec The BlackLabel, derrière BlackPink, ainsi que des équipes ayant écrit pour BTS, TWICE et Red Velvet. EJAE, l’une des autrices, était autrefois une future membre de Girls’ Generation avant d’être écartée. Après 11 ans de formation, elle a persévéré pour devenir productrice — aujourd’hui nommée aux Grammys. Cette équipe d’élite a donné au film son son K-pop addictif et professionnel.
- Comme dans toute production animée, l’histoire évoluait constamment, ce qui obligeait à réadapter les chansons, parfois sur une année entière.
- Le film s’inspire de trois piliers : les K-dramas, les anime et les clips musicaux.
- L’équipe a évité le « rouge infernal » classique pour adopter des tons magenta dans le design des démons.
- Les personnages ont été remaniés plusieurs fois — sauf Rumi, dont la tresse iconique est restée. Mira et Zoey ont été développées autour d’elle, chacune ayant une personnalité attachante et distincte, afin que n’importe laquelle puisse devenir le « bias » d’un fan.

Les parents aiment aussi
Ce n’est pas seulement un anime musical pour enfants. Les adultes et les parents l’apprécient également pour ses thèmes touchants, sérieux et universels. L’un des thèmes majeurs est la honte et le fait de cacher une partie de soi. Comme Rumi est mi-démon, elle dissimule sa véritable nature à ses amies et à tout le monde. Qui n’a pas ses propres démons intérieurs ? La réalisatrice expliquait dans un article de CBC :
« Je pense que les thèmes de la honte et de la peur de se dévoiler sont plus pertinents que jamais aujourd’hui. »
« Nous avons aussi tendance à nous cacher derrière des personnages virtuels, et même les jeunes s’y reconnaissent. »
Un autre souhait de Kang était de représenter de vraies femmes, avec des émotions complexes, de profondes amitiés féminines, et… un véritable appétit — d’où les nombreuses scènes de nourriture.

Photo : Instagram @reelasian
Une victoire pour la représentation
J’ai pleuré pendant le film. C’était si réconfortant d’entendre les enfants chanter à tue-tête. Ils connaissaient toutes les paroles, tous les moments importants. Voir en direct à quel point ils aiment ce film et le regardent encore et encore était magnifique. Quand j’étais enfant, tout le monde regardait Frozen en boucle et chantait Let It Go. Maintenant, c’est Briller qui fait vibrer les jeunes ! Lillian Chan a raconté que sa fille de sept ans était dans la salle avec ses amies — bien après l’heure du coucher un lundi soir. À chaque visionnage, elle remarque un nouveau détail visuel : une preuve du soin extrême apporté au film.
La représentation culturelle dans les médias populaires est cruciale. Tout comme la communauté africaine a Black Panther et la communauté hispanique Coco ou Encanto, K-Pop Demon Hunters montre la culture asiatique sous un jour positif — un fait rare à Hollywood, où les Asiatiques jouent souvent des rôles secondaires ou stéréotypés comme le rôle du nerd intelligent. Pour les enfants asiatiques, cela compte énormément. Dans un Hollywood qui a longtemps manqué de rôles principaux asiatiques, voir des héroïnes puissantes, drôles, combattantes, artistes, pleinement développées, crée un changement. Ces enfants grandiront avec des personnages qui leur ressemblent, qu’ils pourront imaginer devenir : des chanteurs, des danseurs et même des chasseurs de démons !
La rêve de Maggie Kang était de représenter la culture et la mythologie coréennes. Et ce rêve a touché toute l’équipe. Audrey Nuna, voix chantée de Mira, a avoué sur The Tonight Show Starring Jimmy Fallon avoir pleuré pendant les 5 premières minutes de la projection — lors de la scène où les filles mangent de la nourriture coréenne avant leur concert. Voir du kimbap à l’écran l’a profondément émue. Enfant, elle grandissait dans un quartier avec très peu de Coréens et devait cacher son kimbap dans sa boîte à lunch Barbie pour ne pas être moquée. Une expérience que beaucoup d’enfants issus de minorités connaissent en Amérique du Nord.
Grâce à Netflix, au streaming, à YouTube et aux réseaux sociaux, des communautés marginalisées peuvent enfin se voir représentées. En vivant à Markham/Richmond Hill, j’ai eu la chance de grandir entourée de culture asiatique et de familles cantonaises. 80 % de la population y est non blanche — un paysage unique en Amérique du Nord. Mon école primaire était majoritairement asiatique, et, en plus de Disney (où il y avait peu de représentation asiatique), nous regardions aussi des anime et des K-dramas qui ne manquait jamais de nous donner l’impression d’être les personnages principaux de nos propres histoires. Sans oublier que YouTube ouvrait un tout nouveau monde dans lequel nous pouvions regarder des vlogueurs, des humoristes et d’autres formes de contenu original et authentique d’origine asiatique-américaine, qui n’étaient pas remplis de stéréotypes et de préjugés racistes micro-agressifs comme c’était traditionnellement le cas dans les médias occidentaux.

Regarder vers l’avenir
Le prochain film est prévu pour 2029, ce qui semble logique puisque le premier a nécessité plus de neuf ans de travail. Le Festival Reel Asian de Toronto rappelle à quel point la représentation asiatique a progressé, combien la création de films culturellement authentiques demande du travail, et à quel point il est puissant pour les jeunes publics de se voir reflétés à l’écran de manière amusante, ambitieuse et pleinement assumée. Pour un festival qui approche sa 30e année, cet événement a parfaitement illustré ce que Toronto sait faire de mieux : réunir communauté, culture et créativité en un seul endroit.
Pour visionner une vidéo de cet événement publiée sur nos réseaux sociaux, cliquez ici ; pour écouter un podcast d’entrevue à ce sujet que j’ai réalisé avec Yasmina Dagry, animatrice de notre émission matinale, cliquez ici .
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