Quand la tradition guérit le présent : une journée de mémoire, de danse et de partage intergénérationnel à Toronto

Par Patrick Bizindavyi

Patrick Bizindavyi- GrandToronto-IJL

Une énergie vibrante et chargée d’émotions a envahi la salle des Centres d’Accueil Héritage (CAH), situés au 33 Hahn Place. Le samedi 19 septembre 2026, aînés, jeunes, artistes et membres de la communauté francophone se sont rassemblés pour vivre un moment de culture, de partage et de convivialité particulièrement poignant.

À l’origine de ce rassemblement se trouve une collaboration  entre deux organismes de la francophonie torontoise : Connect Burundi Centre Culturel et les Centres d’Accueil Héritage, avec la participation de l’artiste et producteur renommé Aron Nitunga.

Plus qu’une simple fête communautaire, cet événement s’inscrivait dans le cadre du tournage du documentaire Lève-toi (Haguruka), réalisé par le cinéaste Joseph Bitamba et destiné à une diffusion future sur la chaîne TFO. En explorant les voies de la guérison intergénérationnelle et de la transmission culturelle au sein des communautés burundaises et rwandaises de l’Ontario, la rencontre de ce samedi a offert une démonstration éclatante de résilience et de fraternité.

Deux organismes unis pour briser l’isolement et faire rayonner la culture

D’un côté, Connect Burundi Centre Culturel s’impose comme un acteur engagé dans la promotion du patrimoine burundais et l’accompagnement des communautés immigrantes lors de leur intégration dans la région du Grand Toronto. De l’autre, les Centres d’Accueil Héritage (CAH) poursuivent avec dévouement leur mission fondamentale : fournir des services et un soutien adaptés en français aux aînés ainsi qu’à leurs aidants naturels, afin de favoriser leur autonomie, leur qualité de vie et leur pleine participation à la vie sociale.

 Le samedi 19 septembre 2026, aînés, jeunes, artistes et membres de la communauté francophone se sont rassemblés pour vivre un moment de culture, de partage et de convivialité

En joignant leurs forces, les deux structures ont créé une véritable passerelle entre le passé et l’avenir, offrant aux aînés francophones un spectacle immersif et aux jeunes immigrants une occasion unique d’ancrer leurs racines sur le sol canadien.

Pour Justine Hakizimana, présidente de Connect Burundi Centre Culturel, la portée d’un tel rassemblement dépasse de loin le cadre du simple divertissement :

« Je pense que ces événements sont très importants parce qu’ils créent un pont entre les générations. Aujourd’hui, nous avons eu la chance de partager notre culture et notre danse avec les aînés, mais surtout de partager un moment de joie avec eux. Pour nous, surtout pour nos jeunes, c’est aussi une façon de garder notre culture vivante et de la transmettre. Et pour les aînés, je pense que voir des jeunes venir leur rendre visite, danser et échanger avec eux leur apporte beaucoup de bonheur. Ce sont donc des moments qui rapprochent les générations, qui brisent l’isolement et qui nous rappellent que, peu importe notre âge, nous avons tous quelque chose à partager. Aujourd’hui, nous sommes venus pour donner de la joie, mais je peux vous dire que nous sommes repartis avec encore plus de joie dans nos cœurs. »

La magie de la danse et du son : l’art d’Aron Nitunga

Tout au long de l’après-midi, les artistes et les danseurs ont fait vibrer la salle des CAH aux rythmes envoûtants du Burundi. Les costumes traditionnels aux couleurs éclatantes, la cadence des pas et les harmonies vocales ont littéralement transporté le public.

L'artiste et producteur burundais Aron Nitunga

L’artiste et producteur burundais Aron Nitunga, une des figures centrales du projet musical et artistique de la journée, pose un regard profond sur la valeur de ces rencontres et sur le rôle de la musique auprès des jeunes générations :

« On pourrait qualifier ce genre d’événement de simple rencontre sociale, mais c’est bien plus que cela : c’est un véritable partage. Nous leur avons apporté notre culture, et en retour, ces aînés nous ont offert leur amour et leur accueil chaleureux. Ils étaient profondément heureux de nous recevoir et de découvrir les traditions burundaises. Pour moi, c’est l’essence même du partage culturel. » 

Invité à commenter la portée de sa collaboration avec la jeunesse, Aron Nitunga a également tenu à souligner l’importance d’initier les plus jeunes à toute la richesse du répertoire musical :

« Pour moi, participer à un tel projet permet avant tout de briser certains préjugés. On associe souvent la musique uniquement à la danse et au visuel. De mon côté, je vois la musique comme quelque chose qu’on peut danser, mais aussi comme une œuvre que l’on prend le temps de s’asseoir pour écouter. C’est ce message que je souhaite transmettre à la jeunesse : je les encourage à explorer non seulement les rythmes dansants, mais aussi la musique d’écoute. 

Le témoignage poignant de Zénon Nicayenzi : l’Histoire au présent

L’un des moments les plus intenses de l’après-midi s’est produit lorsque les notes de l’hymne national du Burundi ont résonné dans la salle. Pour Zénon Nicayenzi, résident aux Centres d’Accueil Héritage et figure historique burundaise, l’émotion était à son comble.

Interrogé sur le sens de cette journée, M. Nicayenzi a livré un témoignage ramenant l’assistance aux heures fondatrices de sa patrie d’origine :

« Cet événement évoque pour moi une véritable renaissance de notre pays. Le Burundi vit, il revit et il le vivra. C’est ce que ça signifie. Nous sommes là, ces enfants sont là. Quand vous avez votre enfant là, c’est vous qui êtes là. Le Burundi est ici. Le Burundi, c’est celui-là qui vient de montrer qu’il est encore en vie, qu’il danse, qu’il chante. C’est ça, la renaissance d’un peuple. »

Submergé par le souvenir lorsque l’hymne a retenti, il s’est remémoré la journée historique du 1er juillet 1962, jour de l’indépendance de son pays :

« J’ai été vivement ému. Cette dame m’a rappelé que le 1er juillet 1962, c’est moi qui ai dit à la radio nationale — j’étais le seul journaliste de ce jour-là —, c’est moi qui ai dit : “Voici le drapeau belge qui descend, qui descend,.” Alors après ça, j’ai dit : “Voici le drapeau du Burundi qui monte, et c’est l’hymne national du Burundi qu’on écoute.” Je me suis senti de nouveau renaître comme ce jour-là. »

Pour ce pionnier, voir les jeunes filles transmettre avec passion leurs traditions ici même à Toronto est la preuve vivante que la flamme d’une nation ne s’éteint jamais :

« C’est la culture burundaise qui est tout à fait renée. Elle est là, elle est vive quand la culture est revue. C’est le Burundi qui revient, c’est le Burundi qui est né pour la deuxième fois. »

« Lève-toi (Haguruka) » : un documentaire sur la guérison et la résilience

Toutes ces séquences vibrantes d’émotion, ces sourires échangés et ces récits de vie n’ont pas échappé à la caméra de Joseph Bitamba. Le réalisateur prépare en effet le documentaire Lève-toi (Haguruka), un projet qui sera prochainement diffusé sur les ondes de TFO.

Joseph Bitamba, réalisateur

Ce film documentaire explore le thème essentiel et délicat de la guérison intergénérationnelle au sein des communautés burundaises et rwandaises établies au Canada. En donnant la parole à celles et ceux dont les parcours de vie, les traumatismes dépassés et les expertises artistiques ou sociales éclairent le chemin de la résilience, Lève-toi (Haguruka) cherche à démontrer comment la mémoire et l’art deviennent des remèdes contre les blessures du passé.

En capturant la rencontre spontanée entre la sagesse des aînés du CAH et l’énergie créatrice de la jeunesse portée par Connect Burundi et Aron Nitunga, la caméra de Joseph Bitamba a saisi l’essence même de ce processus : se tenir debout, ensemble, et célébrer la vie.

Cette journée aura démontré une fois de plus que la culture, lorsqu’elle est partagée avec générosité, possède le pouvoir universel de rapprocher les âges, de guérir les âmes et d’offrir un sentiment profond d’appartenance à toute la communauté francophone du Grand Toronto.

Plus d'actualités

Que cherchez-vous?