Face aux pressions croissantes qui pèsent sur le secteur postsecondaire, le gouvernement de l’Ontario annonce un investissement de 6,4 milliards de dollars sur quatre ans afin d’assurer la prospérité et la durabilité à long terme des collèges, des universités et des établissements autochtones de la province. Cette réforme d’envergure s’accompagne d’un nouveau modèle de financement, d’une mise à jour des droits de scolarité et d’une refonte du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO).
Présentée le 12 février à Toronto par le ministère des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, l’annonce vise à répondre à une conjoncture jugée critique, marquée notamment par les changements apportés par le gouvernement fédéral à l’immigration étudiante, qui ont entraîné une chute importante des revenus liés aux étudiantes et étudiants internationaux.
Miser sur la main-d’œuvre de demain
Pour le ministre Nolan Quinn, l’enjeu dépasse largement la survie financière des établissements. « Pour protéger notre province, il est essentiel que nous continuions de former, en Ontario, une main-d’œuvre solide et hautement qualifiée pour les prochaines décennies », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de préparer les diplômées et diplômés à intégrer des secteurs en forte demande.
Le plan provincial repose sur trois grands principes : aligner davantage les programmes d’études sur les besoins du marché du travail, maintenir l’accessibilité aux études pour les Ontariennes et Ontariens, et garantir la pérennité financière du secteur tout en renforçant la position de la province comme pôle de recherche de calibre mondial.
Un nouveau modèle de financement structurant
Au cœur de la réforme, un nouveau modèle de financement à long terme permettra d’augmenter le financement annuel de fonctionnement à 7 milliards de dollars, soit une hausse de 30 %, le niveau le plus élevé jamais atteint en Ontario. Ce modèle injectera 6,4 milliards de dollars supplémentaires sur quatre ans et financera 70 000 places additionnelles dans des programmes en forte demande.
Une attention particulière est portée aux petits établissements, notamment ceux situés dans les régions rurales et nordiques, ainsi qu’aux établissements de langue française et autochtones, souvent plus vulnérables aux fluctuations démographiques et économiques. Le financement de base par étudiante ou étudiant augmentera de 6 % pour les inscriptions à temps plein, et jusqu’à 30 % pour les étudiantes et étudiants à temps partiel dans les collèges.

Droits de scolarité : une hausse encadrée
La province met également fin à plusieurs années de gel en instaurant un nouveau cadre en matière de droits de scolarité. Les collèges et universités publics pourront augmenter les droits jusqu’à 2 % par année pendant trois ans, puis jusqu’à 2 % ou au taux moyen d’inflation des trois années précédentes, selon le taux le plus bas.
Concrètement, cela représentera en moyenne 0,18 $ par jour pour les étudiantes et étudiants des collèges, et 0,47 $ par jour pour ceux des universités. Pour les personnes à faible revenu, ces hausses seront compensées par une Garantie d’accès aux études (GAE) bonifiée, actuellement en cours de négociation avec les établissements.
Un RAFEO recentré et plus durable
Autre changement majeur : la restructuration du RAFEO afin d’en assurer la viabilité à long terme et de l’aligner sur les pratiques des autres provinces. Dorénavant, jusqu’à 25 % de l’aide pourra être accordée sous forme de bourses, tandis qu’au moins 75 % prendra la forme de prêts.
Par ailleurs, le RAFEO cessera d’accorder des bourses aux étudiantes et étudiants fréquentant des collèges privés d’enseignement professionnel, une mesure cohérente avec les récentes décisions fédérales. Selon le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy, cette réforme s’inscrit dans une gestion plus rigoureuse des finances publiques : « L’éducation postsecondaire est l’un des investissements à long terme les plus importants de l’Ontario. »
Un accueil favorable du milieu
L’annonce a été largement saluée par les acteurs du secteur. Maureen Adamson, présidente-directrice générale de Collèges Ontario, voit dans cet investissement un « catalyseur pour l’avenir économique de la province », tandis que Steve Orsini, du Conseil des universités de l’Ontario, estime qu’il arrive à « une période charnière » pour maintenir la compétitivité ontarienne.
Du côté des établissements autochtones, Lorrie Deschamps, du Consortium des instituts autochtones, souligne qu’il s’agit d’un pas déterminant vers un accès équitable à un enseignement supérieur dirigé par et pour les Autochtones, ancré dans les langues, les cultures et les savoirs traditionnels.
Les collèges francophones ne sont pas en reste. Daniel Giroux, président du Collège Boréal, salue une reconnaissance explicite des réalités des établissements francophones en régions nordiques et rurales, souvent confrontés à des défis structurels particuliers.
Vers un secteur plus résilient
Depuis 2024, la province affirme avoir investi plus de 2 milliards de dollars supplémentaires dans l’enseignement postsecondaire, en plus des 5 milliards de dollars annuels déjà consacrés au secteur. À cela s’ajoute une rationalisation administrative majeure, réduisant plus de 400 ententes de financement à 45 ententes stratégiques de cinq ans.
Pour le gouvernement ontarien, ces mesures visent un objectif clair : garantir que les étudiantes et étudiants continuent d’avoir accès à une éducation de qualité, tout en assurant que les établissements puissent former, pour les générations à venir, l’une des mains-d’œuvre les plus compétitives du G7.
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