Mobilité à Toronto : La province commence le démantèlement des pistes cyclables majeures

Par Patrick Bizindavyi

 Le gouvernement de l’Ontario a franchi une étape décisive dans son projet de réaménagement du réseau routier torontois. À la suite d’un jugement favorable rendu par la Cour d’appel de l’Ontario, la province a amorcé les travaux pour retirer des pistes cyclables protégées sur plusieurs grandes artères et y restaurer des voies réservées aux véhicules automobiles.

Une offensive immédiate sur la rue Bloor Ouest

Le ministère des Transports de l’Ontario a confirmé le lancement des interventions sur le terrain. Les travaux prioritaires ont débuté le long de la rue Bloor Ouest, à l’est du secteur de la route Clissold, dans l’ouest de la ville.

Parallèlement aux interventions directes sur le terrain, le gouvernement Ford a émis une demande de propositions (RFP). Ce processus vise à analyser et concevoir le rétablissement de la capacité automobile sur d’autres grands axes stratégiques de la métropole, notamment :

  • L’avenue Yonge
  • L’avenue University
  • Queen’s Park et Queen’s Park Crescent
  • L’avenue Road

Bien que l’objectif principal soit la remise en service des voies pour automobiles, la demande de propositions mentionne que des options de maintien ou de reconfiguration de certaines voies cyclables pourraient être étudiées, à condition qu’elles « ne contribuent pas à aggraver la congestion ».

Le feu vert de la Cour d’appel

Cette accélération du projet fait suite à une victoire juridique majeure pour l’équipe de Doug Ford. La Cour d’appel de l’Ontario a infirmé une décision de première instance qui avait temporairement bloqué la loi provinciale.

Les juges ont estimé unaninement que les choix relatifs à l’aménagement et au partage de la voie publique relevaient des décisions politiques d’un gouvernement élu, et non de la compétence des tribunaux. Ce jugement a ouvert la voie au démantèlement potentiel de plus de 19 kilomètres d’infrastructures cyclables aménagées ces dernières années par la Ville de Toronto. ──────────────────┘

Congestion routière vs Sécurité des usagers : Un débat polarisé

Pour le ministre des Transports de l’Ontario, Prabmeet Sarkaria, la position du gouvernement provincial répond aux attentes directes de la population :

« Notre gouvernement a reçu un mandat clair pour lutter contre les embouteillages, notamment en restituant aux automobilistes les voies dont ils ont besoin pour circuler. Nous tenons notre promesse d’aider les navetteurs à récupérer du temps. »

La province appuie sa décision sur une étude du Canadian Centre for Economic Analysis, qui évalue le coût annuel des embouteillages en Ontario à 56 milliards de dollars. Du côté du milieu des affaires et du secteur de la construction, la décision est saluée par certains propriétaires de commerces locaux et par l’Alliance de la construction résidentielle et civile de l’Ontario (RCCAO).

À l’hôtel de ville de Toronto ainsi que chez les groupes de défense des mobilités actives, le son de cloche est diamétralement opposé. La mairesse Olivia Chow et de nombreux conseillers déplorent une ingérence provinciale dans la gestion de la voirie locale.

Les inquiétudes de la Ville et des défenseurs du vélo

Les opposants au démantèlement soulignent plusieurs enjeux majeurs :

  • La sécurité routière : La suppression des pistes protégées risque d’augmenter le danger pour les cyclistes et les piétons.
  • L’efficacité des déplacements : Plusieurs experts estiment que le retrait des voies cyclables ne résoudra pas les problèmes structurels de circulation et pourrait pousser plus d’usagers vers la voiture individuelle.
  • Le coût financier : Taper et reconstruire des routes déjà réaménagées représente une dépense publique importante.

La question de la mobilité et de la place de la voiture dans le centre-ville s’impose déjà comme l’un des sujets centraux des prochains débats municipaux et politiques à Toronto.

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