Jusqu’au 10 avril, les jeunes artistes canadiens francophones et francophiles âgés de 18 à 35 ans peuvent soumettre leur candidature pour représenter le pays aux Jeux de la Francophonie 2027, à Erevan, en Arménie. Pour la Franco-Ontarienne Geneviève Thauvette, médaillée d’or en photographie en 2009 à Beyrouth, cette expérience a été bien plus qu’une vitrine : un véritable point de bascule dans sa carrière.
Le Conseil des arts du Canada a lancé son appel de candidatures pour sélectionner les artistes qui représenteront le pays aux 10es Jeux de la Francophonie, prévus du 23 juillet au 1er août 2027 à Erevan. Les candidatures doivent être déposées au plus tard le 10 avril (plus d’information en cliquant ici). Neuf disciplines culturelles sont visées : chanson, création numérique, contes, danse de création, littérature (nouvelle), peinture, photographie, sculpture-installation et théâtre. Un jury procédera d’abord à une présélection nationale, avant la sélection finale par le Comité international des Jeux de la Francophonie.
Au-delà de la compétition, les Jeux offrent une rare plateforme internationale à de jeunes artistes encore en début de parcours. Pour l’Ontario français, l’appel représente aussi une occasion concrète de faire rayonner sa relève sur une scène francophone mondiale. C’est précisément ce qu’a vécu Geneviève Thauvette, artiste pluridisciplinaire originaire d’Ottawa et installée à Toronto, qui avait participé aux Jeux de 2009 au Liban dans la discipline photographie.
« Sans les Jeux, ma carrière n’aurait pas vraiment été la même »
Quand elle dépose sa candidature, Geneviève Thauvette n’en est qu’aux premiers pas de sa carrière. Elle se décrit alors comme faisant pleinement partie de la relève. Sa participation aux Jeux survient au moment de sa « troisième exposition de groupe ». À Beyrouth, elle remporte finalement la médaille d’or pour le Canada.
Avec le recul, l’artiste ne laisse aucun doute sur l’impact de cette expérience. Avant les Jeux, elle avait déjà commencé à montrer son travail, mais cette sélection l’a poussée à créer une nouvelle série inédite, dans un contexte d’exigence beaucoup plus élevé. Elle explique que le fait de préparer une œuvre pour une compétition internationale l’a amenée à viser « un certain niveau d’excellence ». L’exposition au Liban, au Palais de l’UNESCO, le contact avec des artistes de plusieurs disciplines et la reconnaissance obtenue ont, selon elle, changé l’échelle de son parcours.
Cette percée a eu des effets très concrets. Dans la foulée de sa médaille d’or, Geneviève Thauvette a été invitée à présenter ses œuvres dans le cadre des Jeux olympiques de Vancouver en 2010, où elle a aussi effectué une résidence artistique. « Sans les Jeux, je le dis à 100 %, ma carrière n’aurait pas vraiment… c’était extrêmement important pour l’envergure, l’élargissement, le rayonnement de mon travail », affirme-t-elle.
Une porte ouverte sur le monde francophone
Si elle insiste sur le tremplin professionnel que représentent les Jeux, Geneviève Thauvette met aussi en avant une autre dimension : l’ouverture à la francophonie internationale. Lorsqu’elle a découvert l’appel de candidatures, presque par hasard, dans un journal, elle connaissait mal l’événement. Dix-sept ans plus tard, elle estime toujours regrettable que les Jeux demeurent relativement peu connus, compte tenu de ce qu’ils peuvent offrir aux jeunes artistes.
Pour elle, il ne faut pas hésiter. Son message aux artistes qui pourraient encore déposer un dossier est direct : « Fais-le. » Elle rappelle que cette aventure permet non seulement de se mesurer à d’autres talents venus de l’ensemble de l’espace francophone, mais aussi de créer une œuvre nouvelle, de sortir de son cadre habituel et de vivre une expérience humaine marquante. « C’est une expérience merveilleuse », résume-t-elle, en évoquant déjà l’Arménie comme un décor exceptionnel pour la prochaine édition.
Les Jeux laissent aussi des traces durables sur le plan humain. Geneviève Thauvette raconte notamment avoir noué à cette époque une amitié forte avec Sarah Beck, qui représentait le Canada en sculpture et qui a remporté la médaille d’argent. Une relation qui, dit-elle, a même contribué plus tard à son déménagement à Toronto. Comme souvent dans ce type d’événement, les liens tissés pendant la compétition dépassent largement le moment lui-même.
Une expérience rare, entre art et représentation nationale
Ce que retient aussi l’artiste, c’est le caractère singulier des Jeux de la Francophonie. Dans le monde des arts, il est rare de se retrouver sur un podium, une médaille au cou, avec l’hymne national en arrière-plan. Cette dimension, plus familière dans le sport, donne à l’événement une portée particulière pour les artistes sélectionnés. Elle dit encore aujourd’hui trouver l’expérience « weird », au sens étonnant du terme, tant elle tranche avec les formes habituelles de reconnaissance dans le milieu artistique.
Aujourd’hui active dans les milieux du cinéma et de la fabrication de décors, costumes et accessoires pour des projets audiovisuels, Geneviève Thauvette poursuit un parcours artistique qui a depuis pris plusieurs formes. Mais à l’entendre, les Jeux de la Francophonie demeurent un moment fondateur. À quelques heures de la clôture des candidatures, son témoignage rappelle qu’une telle occasion peut réellement changer la trajectoire d’un jeune artiste — et qu’en Ontario français aussi, cette relève a toute sa place sur la scène internationale.
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Mike Laviolle, Initiative de journalisme local – GrandToronto.ca