Glendon : l’ACFAS Toronto-CSO demande à York de suspendre son projet de restructuration

Par Mike Laviolle

Les réactions continuent de se multiplier autour de l’avenir du Collège Glendon. Dans un communiqué publié lundi, l’ACFAS Toronto-Centre-Sud-Ouest (CSO) exprime sa « vive préoccupation » face au projet envisagé par l’Université York de délocaliser Glendon vers le campus principal de Keele et de lui retirer son statut de faculté autonome.

Cette prise de position survient alors que le projet de restructuration suscite depuis plusieurs jours de nombreuses inquiétudes dans la communauté francophone et universitaire. Plusieurs médias, dont Radio-Canada et ONFR, ont révélé que l’Université York étudiait différents scénarios visant à centraliser certaines activités du campus bilingue dans un contexte de pressions budgétaires et de réorganisation institutionnelle.

Selon les informations relayées, l’université envisagerait notamment un déménagement du campus Glendon vers Keele, une réorganisation de certaines structures administratives ainsi qu’une intégration plus importante au reste de l’université.

« Une vive préoccupation » pour l’avenir du français

Dans son communiqué, l’ACFAS-CSO affirme avoir appris cette possibilité « avec beaucoup d’inquiétude », évoquant des conséquences importantes sur « la capacité à soutenir durablement une vie intellectuelle en français » et sur « la vitalité des francophonies ontariennes en contexte minoritaire ».

Depuis plus de cinquante ans, Glendon occupe une place particulière dans le paysage postsecondaire canadien. Situé dans l’est de Toronto, le campus bilingue s’est progressivement imposé comme l’un des principaux espaces universitaires francophones en milieu minoritaire en Ontario.

Le collège accueille des étudiant·e·s francophones, anglophones et internationaux dans un environnement où le bilinguisme constitue l’un des piliers de son identité. Au fil des décennies, Glendon a également développé une expertise reconnue dans les domaines des études internationales, des langues, de la traduction et des sciences humaines.

Pour l’ACFAS-CSO, cette spécificité institutionnelle ne peut être dissociée de son autonomie. L’organisme rappelle que « son caractère bilingue et son autonomie institutionnelle constituent des éléments centraux de cette mission ».

Plus largement, plusieurs observateurs craignent qu’une intégration plus poussée au campus principal de Keele entraîne un effacement progressif de la place du français dans la structure universitaire.

Campus Glendon

Une institution au cœur de la francophonie torontoise

Au-delà de son rôle académique, Glendon est aussi considéré comme un acteur central de la vie culturelle et communautaire francophone dans le Grand Toronto. Le campus accueille régulièrement des conférences, des activités associatives, des projets de recherche et des événements liés aux communautés francophones et francophiles de la région.

Pour de nombreux organismes communautaires, Glendon représente également une porte d’entrée vers les études postsecondaires en français pour plusieurs jeunes issus de l’immigration francophone récente.

L’ACFAS-CSO insiste d’ailleurs sur cette dimension dans son communiqué. L’organisme rappelle que la défense du français en Ontario est étroitement liée à la reconnaissance de « la diversité linguistique, culturelle et migratoire » qui caractérise aujourd’hui les communautés francophones et bilingues.

Le campus joue depuis des décennies un rôle important dans la formation d’étudiant·e·s provenant d’horizons variés et dans le développement de la recherche en français en contexte minoritaire.

Une responsabilité particulière pour York

L’ACFAS-CSO rappelle également que l’Université York, désignée partiellement en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario, possède une responsabilité particulière envers le maintien et le développement des services et de la vie intellectuelle en français.

Toute mesure « ayant pour effet d’affaiblir structurellement la place du français » soulève ainsi des préoccupations importantes quant au respect de l’esprit même de cette désignation.

Ces inquiétudes sont d’autant plus fortes que la francophonie torontoise a longtemps dû se battre pour obtenir et maintenir des institutions postsecondaires capables d’offrir une véritable vie universitaire en français dans la région.

Le dossier rappelle également d’autres débats récents entourant l’accès aux services et à l’éducation en français en Ontario, dans un contexte où plusieurs institutions doivent composer avec des contraintes financières importantes.

Appel à la mobilisation et à la consultation

Face à cette situation, l’ACFAS-CSO demande à York de suspendre le projet et de lancer « une véritable consultation publique et transparente » avec les organismes francophones, les associations étudiantes, le corps professoral et les partenaires communautaires.

L’organisme appelle également la communauté francophone à se mobiliser afin de défendre « l’intégrité des institutions postsecondaires francophones et bilingues de la région ».

Au fil des derniers jours, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les impacts potentiels d’un tel projet sur la place du français dans le Grand Toronto.

Pour plusieurs acteurs communautaires et universitaires, Glendon représente bien plus qu’un simple campus universitaire. Dans une métropole où les espaces institutionnels francophones demeurent relativement rares à l’échelle de la population, le collège apparaît comme un symbole important de la présence et de la vitalité de la francophonie ontarienne.

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