Face à la prolifération rapide des infrastructures consacrées à l’intelligence artificielle dans le Grand Toronto, la ville d’Oakville a pris une décision sans précédent. Le conseil municipal a voté à l’unanimité l’imposition d’un moratoire d’un an sur tout nouveau développement de centres de données, devenant ainsi la toute première municipalité ontarienne à appuyer sur le frein.
Cette décision, concrétisée par un règlement de contrôle intérimaire approuvé lors d’une séance extraordinaire du conseil, suspend l’implantation de centres de données, d’installations informatiques d’entreprise et de complexes de calcul intensif.
Une pause stratégique pour évaluer les impacts
Le maire d’Oakville, Rob Burton, a insisté sur le fait que la municipalité agit de manière préventive et éclairée.
« Nous n’agissons pas par peur, ni en réaction à une demande en particulier », a affirmé le maire Rob Burton lors des délibérations. « Notre rôle est d’être vigilants et de prendre les mesures nécessaires pour protéger notre collectivité. »
Pendant cette période de 12 mois, le personnel municipal mènera une étude approfondie afin d’évaluer si les règlements d’urbanisme existants sont adaptés à la réalité de ces géants énergétiques.
L’analyse de la Ville se concentrera d’abord sur la consommation massive d’électricité et d’eau qu’exigent ces installations, notamment en raison de leurs besoins colossaux en refroidissement et en alimentation électrique qui nécessitent des garanties majeures pour préserver la stabilité du réseau local.
Les experts municipaux examineront également les différentes nuisances environnementales engendrées par ces complexes, telles que le bruit continu des systèmes de ventilation, les vibrations permanentes et les émissions atmosphériques. Enfin, l’étude abordera la question fondamentale de l’aménagement du territoire, en veillant à préserver les terres réservées à l’emploi tout en s’assurant que la présence de ces bâtiments industriels demeure compatible avec la tranquillité et le caractère des quartiers résidentiels voisins.
L’ombre d’un projet de 3,5 milliards de dollars
Bien qu’aucune demande formelle de permis n’ait encore été déposée auprès de la Ville, cette démarche survient quelques semaines après l’acquisition d’un terrain de 25 acres au 3480, Ninth Line (dans le district 6 d’Oakville) par une filiale de Hive Digital Technologies (anciennement Hive Blockchain).
L’entreprise avait précédemment annoncé son intention de déployer un centre d’infrastructure d’IA à l’échelle industrielle de 320 mégawatts dans la région du Grand Toronto, un projet estimé à 3,5 milliards de dollars.
Le conseiller du district 6, Tom Adams, qui a parrainé la motion de moratoire, estime qu’un tel examen est indispensable avant toute démarche d’approbation :
« Oakville mérite une compréhension claire et basée sur des données probantes de l’interaction entre ces centres de données et nos infrastructures d’électricité, d’eau, d’eaux usées et de télécommunications, ainsi que leur impact sur la santé de nos résidents », a souligné M. Adams.
Une onde de choc dans le Grand Toronto et en Ontario
La prise de position précurseure d’Oakville, qui a adopté son moratoire de 12 mois à l’unanimité en août 2026, s’inscrit dans un débat de plus en plus vif à travers la province. La ville voisine de Mississauga s’apprête d’ailleurs à emboîter le pas en tenant un vote le mois prochain sur une mesure de pause similaire.
De son côté, Toronto a adopté une motion pour analyser en profondeur les répercussions environnementales de ces infrastructures et revoir ses règles d’urbanisme locales. Dans la région de Waterloo, les élus ont commandé une étude d’impact tout en lançant un appel direct à Queen’s Park pour l’instauration d’un cadre réglementaire provincial harmonisé.
À l’inverse, cette approche préventive ne fait pas l’unanimité partout : à Hamilton, le conseil municipal a récemment rejeté une proposition de moratoire similaire au terme d’un vote controversé.
Alors que le boom de l’intelligence artificielle générative pousse les géants des technologies à multiplier les infrastructures de calcul à proximité des grands centres urbains, les municipalités de la région de Toronto réclament de plus en plus un encadrement provincial plus strict pour éviter de compromettre leurs objectifs climatiques et énergétiques.