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Yann Loranger : un amour grandissant pour nos abeilles

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Yann Loranger : un amour grandissant pour nos abeilles, révélé grâce aux investigations de notre chroniqueur Sianko Sambou à l’occasion de la journée mondiale des abeilles.

Instituée par les Nations Unies en 2017 et commémorée tous les 20 mai en référence à la date d’anniversaire du fondateur de l’apiculture, le Slovène Anton Jansa, la journée mondiale des abeilles vise à sensibiliser le public sur les dangers qui guettent cette espèce animale dont on dit que sans elle, la biodiversité serait en danger. Pour en discuter avec nous, nous accueillons le président de l’association canadienne d’apithérapie, Yann Loranger.

 

Sianko: Le rôle des abeilles dans l’écosystème : 70% de la culture mondiale dépend de la pollinisation et les abeilles jouent un rôle à hauteur de 80%. Au canada, l’agriculture dépend de quatre groupes d’abeilles commercialisées à cet effet. Qu’est-ce que la pollinisation et quelle est son importance pour la biodiversité et l’écosystème ?

Yann: Les abeilles trouvent leur nourriture dans les fleurs des végétaux, tant par leur pollen que leur nectar. Avec le nectar, les abeilles feront le miel qui est leur réserve de nourriture pour les saisons sans fleurs (sécheresse ou hiver) et avec le pollen, elles nourriront principalement leurs bébés. La pollinisation par les abeilles signifie que les abeilles, tout en butinant les fleurs, se font porteuses des messages d’amour des plantes ! Et oui, l’abeille est équipée pour récolter non pas seulement le nectar, mais également le pollen et c’est précisément cela qui fait de l’abeille la meilleure pollinisatrice de tous les pollinisateurs (colibri, papillons, etc…). En effet, le pollen n’est rien d’autre que les gamètes mâles des plantes ! Ce qui veut dire que c’est le pollen que les abeilles transportent qui féconde les fleurs, c’est le message d’amour des plantes ! Sachant que les abeilles sont apparues sur Terre en même temps que les premières plantes à fleurs, il y a environ 100 millions d’années, nous comprenons donc que leur rôle dans la nature en tant que pollinisatrices de premier choix est évident ! Il faut savoir qu’une fleur a besoin d’être fécondée par le pollen de son espèce pour pouvoir se transformer en fruit, puis produire des graines qui sont généralement dans leurs fruits, si petits soient-ils.

Au niveau purement de production agroalimentaire, le besoin d’abeilles pour la pollinisation concerne principalement la production de canola, canneberge, bleuet, vergers, productions horticoles, petits fruits et quelques autres.

À travers la pollinisation, nous découvrons non seulement le rôle des abeilles essentiel pour la reproduction de plusieurs végétaux, mais encore que les abeilles nous enseignent un mode de nutrition absolument exceptionnel ! En se procurant l’entièreté de leur nourriture, les abeilles ne détruisent rien du tout, pas même une feuille !!! Une performance encore bien supérieure à nos végétariens et végétaliens d’aujourd’hui et ce non seulement parce qu’elles n’abîment aucune forme de vie en se nourrissant, mais parce qu’elles vont encore plus loin grâce à cette fameuse pollinisation, elles propagent, augmentent la vie en se nourrissant, puisque c’est ce qui fécondent les fleurs et finalement permet à plusieurs plantes, arbres et arbustes de produire leurs semences. Voici ce qu’est la pollinisation, c’est non seulement vital pour le maintien de la biodiversité, nécessaire pour nos formes d’agriculture actuelles mais encore une source d’inspiration révolutionnaire pour le futur des modes de nutritions pour notre humanité en constante évolution.

 

Sianko: Les dangers qui menacent la vie des abeilles : pesticides ou encore changements climatiques. En 2019, selon statistiques canada, ce nombre aurait baissé de 2,1%. Cette baisse est extrêmement défavorable aux conditions climatiques qui frappent durement les abeilles. Comment survivent les abeilles en hiver ?

Yann: Il est entendu que les pesticides forment une des causes de mortalité des abeilles fort importante. À noter que toutes les Associations d’apiculteurs travaillent d’arrache-pied pour apporter les changements nécessaires en lien avec les autorités en charge des décisions sur la gestion des pesticides dans les cultures, que ce soit au Québec, en Ontario ou ailleurs au Canada. Toute forme de soutien ou de support dans cette lutte pour assainir la question des pesticides et des abeilles est bienvenue et est appréciée par tous les apiculteurs !

Cependant, c’est effectivement les conditions climatiques qui ont frappé indirectement et ont fait très mal aux apiculteurs cette année, durant l’hiver 2022 et ce à la grandeur du pays. Un printemps 2021 très hâtif a favorisé la multiplication et la propagation du varroa, ce parasite des abeilles qui, compte tenu de son nombre extrêmement élevé en lien aux températures de 2021, semble être la cause d’une mortalité gravissime lors de cette hiver 2022. Ces parasites se nourrissent du « corps gras » des abeilles qui est la source d’énergie qui permet aux abeilles de survivre les longs hivers canadiens et ils affaiblissent ainsi les abeilles de façon mortelle lorsqu’ils se trouvent en trop grand nombre. Aussi, ces parasites sont vecteurs de différents virus pour les abeilles, un peu comme les tics le sont pour les humains ou autres mammifères. Bien entendu, les apiculteurs savent qu’ils doivent gérer ce varroa qui est présent pratiquement partout sur Terre, cependant, les conditions climatiques jouent de vilains tours aux apiculteurs, surtout lorsqu’elles favorisent la prolifération de ces derniers.

 

Sianko: Les mesures de protection et de reproduction de la vie des abeilles comme l’apiculture en milieu urbain. Dans la ville de Toronto, l’apiculture suscite de plus en plus d’intérêt mais on déplore l’insuffisance de fleurs et de plantes pour les abeilles. Les botanistes peuvent-ils bénéficier d’une aide du gouvernement pour une ville plus verte ?

Yann: Il y a plusieurs initiatives pour améliorer notre environnement tant en campagne qu’en ville au niveau de son potentiel nourricier pour les abeilles. Des projets tels que celui de fleurir les espaces verts entre les pylônes électriques des grandes lignes de courant ou encore la création de corridors pour pollinisateurs voient le jour régulièrement en Ontario et les soutiens financiers viennent de plusieurs sources, tant gouvernementales qu’associatives ou encore privées. Au-delà de ces initiatives, il faut également saluer le progrès scientifique qui se fait au niveau de la connaissance de l’impact des différentes plantes indigènes, notamment en ce qui a trait à l’apport nutritif du pollen de différentes espèces végétales, ce qui nous permettra bientôt d’identifier les meilleures plantes mellifères à choisir pour réellement favoriser les abeilles, au-delà des pauvres listes de plantes pour jardin de pollinisateurs qui existent actuellement. Avec ma propre compagnie, « Happy-Culture Inc. », je participe moi-même à une telle étude avec l’Université de Bishop à Sherbrooke au Québec et les découvertes sont fort prometteuses. Ces initiatives de jardins de pollinisateurs se font tant en ville qu’en bordure de grands champs de monoculture, pour le simple besoin de diversité nutritive. C’est un sujet en pleine évolution !

 

Sianko: Quelles sont les institutions vers lesquelles on peut se diriger si on veut s’informer et s’investir dans la protection des abeilles à Toronto ?

Yann: Oliver Couto, propriétaire du « The Bee Shop » sur Bloor & Lansdowne est une ressource inestimable en ce qui concerne le soutien aux abeilles. Il vient de finaliser un Centre de Conférence pour l’apithérapie au 1340, Bloor St West, Toronto, M6H 1P2. Il participe à de multiples projets pour le soutien des abeilles à Toronto et saura vous diriger vers les ressources clés qui colleront à vos besoins précis, que ce soit pour la formation en apiculture des enfants afin de sensibiliser la jeunesse à cette noble cause, aux jardins de pollinisateurs, pour une formation en apiculture et en transformation des produits de la ruche, il est impliqué sur tous les fronts et est une personne clé pour la ville de Toronto, au-delà des institutions particulières qui sont souvent fractionnées et limitées dans des programmes spécifiques qui sont souvent déconnectés des besoins pratiques que nous avons.

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