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Entrevue pour le Journée mondiale des pompiers

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Marin du feu pour les marins pompiers, soldats du feu pour les sapeurs-pompiers, appelés tout simplement pompiers dans d’autres pays, ces personnes ont décidé de faire de leurs métiers le sauvetage des vies. « Le sacrifice de soi pour la vie de l’autre… le plus beau des métiers » dira-t-on communément : la noblesse de cette fonction a justifié qu’une journée mondiale lui soit consacrée. C’est le 4 janvier 1999 que quatre pompiers meurent dans un feu de forêt en Australie et depuis cette date, le pays a décidé de consacrer le 4 mai de chaque année, jour de la fête de Saint Florian, qui aurait éteint un incendie avec un seau d’eau, comme étant la journée mondiale des sapeurs-pompiers. C’est l’occasion pour la radio CHOQ FM de se pencher quelques instants sur le métier de ces courageux soldats du feu, en invitant le Directeur Richard Amnotte, membre du conseil d’administration de l’Association canadienne des chefs de pompiers (ACCP), organisme indépendant, représentant 3500 services d’incendie au Canada, dont l’objectif est de rassembler les associations provinciales pour faire évoluer la sécurité du public et des pompiers. Le Directeur Richard Amnotte nous apporte des éléments d’instruction sur les enjeux liés à cette profession avec la collaboration de notre journaliste, Sianko Sambou.

 

Sianko: « Sauver ou périr », « courage et dévouement », telles sont quelques-unes des devises des sapeurs-pompiers à travers le monde. L’inquiétude grandit autour de l’exercice de la fonction de sapeurs-pompiers, inquiétude de mourir dans l’exercice de sa profession aux prises avec le feu. Est-il possible de mieux protéger ces soldats du feu par une amélioration de la formation dans des situations de simulation de problèmes d’incendie ?

Richard: La devise française de « sauver ou périr » ne s’applique pas au Canada par les lois et règlements en vigueur en matière de santé et sécurité au travail. Nous travaillons toutefois toujours avec courage et dévouement, et ceci ne veut pas dire que c’est fait au détriment de la sécurité pour la vie des pompiers. Tout se fait pour porter secours aux sinistrés, c’est la nature même de notre travail. Nous devons garder à l’esprit que nous avons une obligation de moyen, c’est-à-dire que nous devons mettre en œuvre tout ce que nous pouvons raisonnablement faire pour procéder au sauvetage des personnes, protéger les biens contre la destruction et protéger l’environnement.

Les pompiers sont bien formés au Canada. Chaque province est dotée d’une structure de formation. Certaines provinces ont même des exigences minimales de formation ou des standards de performance à rencontrer. Chaque service des incendies est responsable d’assurer la formation et le maintien des compétences de leurs pompiers, qu’ils soient à temps plein, à temps partiel, sur appel ou bénévoles. Mais, il y aura toujours place à l’amélioration de la formation et des infrastructures d’entraînement. Nous faisons face à des innovations en matière de construction des immeubles, à de plus en plus de risques technologiques (nous n’avons qu’à penser aux matières dangereuses) et nous devons composer avec les effets des modifications climatiques.

L’Association canadienne des chefs de pompiers (ACCP) milite auprès du gouvernement fédéral pour soutenir des programmes d’investissement et d’innovation en sécurité incendie et sécurité civile au Canada. Nous demandons au gouvernement d’accroître les investissements pour équiper encore mieux les communautés canadiennes pour une meilleure réponse aux demandes de secours. L’ACCP se réjouit de voir les dernières annonces budgétaires du gouvernement fédéral pour la formation et les équipements pour la lutte des feux de forêt et les communautés autochtones notamment. On retrouve plus d’information à ce sujet dans le communiqué de presse de l’ACCP : https://cdn.ymaws.com/cafc.ca/resource/resmgr/budget2022/EN-Budget2022-PR.pdf

Nous devons nous attendre à une introduction plus responsable des nouvelles technologies qui peuvent avoir un impact sur la sécurité des personnes et, par conséquent, des pompières et pompiers. À cet égard nous pouvons penser à l’utilisation de matériaux légers pour la construction des immeubles, à la combustibilité de ces matériaux qui pourraient accélérer la combustion d’un immeuble et sa détérioration plus rapide causant un effondrement hâtif de l’immeuble, coinçant ses occupants et possiblement les pompiers sauveteurs. Il y a aussi l’arrivée des véhicules électriques et les batteries à forte contenance de métaux lourds. Lorsqu’ils brûlent, ceci présente une menace importante pour les personnes exposées aux fumées, même si elles portent des équipements de protection individuelle et un appareil de protection respiratoire. Ces nanoparticules peuvent être absorbées par les pores de la peau. Nous pourrions aussi parler des nouvelles sources d’énergie comme l’hydrogène qui présente des propriétés d’inflammabilité et d’explosivité significativement plus élevées que l’essence par exemple.

Les pompiers doivent constamment se mettre à jour, ce qui devient de plus en plus exigeant pour les pompiers à temps partiel et bénévoles.

 

Sianko : Quelle est la différence entre un pompier et un sapeur-pompier ? Quelles sont les études à suivre et la formation pour devenir pompier ou encore pour être sapeur-pompier ?

Richard : Le terme sapeur-pompier est utilisé historiquement en France. Les pompiers étaient issus des rangs militaires et les « sapeurs » étaient rattachés au volet d’ingénierie de l’armée. Au Canada, nous n’utilisons que le terme pompier.

Ici, le cursus de  formation des pompiers est essentiellement basé sur la norme 1001 de la National Fire Protection Association (www.nfpa.org), un organisme de standardisation reconnu en Amérique. Chaque province et dans certains cas certaines villes ont des exigences de formation diverses. Au Québec, les exigences de formation minimalement obligatoire sont énoncées dans le Règlement (S-3.4, r. 1 – Règlement sur les conditions pour exercer au sein d’un service de sécurité incendie municipal (gouv.qc.ca).

L’Ontario s’est récemment dotée d’un règlement provincial sur les exigences minimales pour exercer le travail de pompier. Dans les autres provinces canadiennes, à ce que je sache, il n’y a pas d’exigence de règlement. Il y a toutefois des standards ou des recommandations de formation.

Presque toutes les provinces ont une « école » ou « académie » des pompiers pour l’encadrement et/ou la livraison de la formation des pompiers. Plusieurs services d’incendie ont leur propre structure de formation et des installations pour la formation, surtout dans les grandes villes.

Une personne intéressée à devenir pompier pourrait communiquer avec son service d’incendie local pour connaître les modalités et les exigences. Sinon, en faisant des recherches sur internet, en fonction de la province de résidence, la personne devrait être en mesure de découvrir comment faire.

 

Sianko : Entre 2005 et 2014, on estime à environ 440 000 le nombre d’incendies avec un total de 1700 décès. Dans ce chiffre, les incendies de bâtiments représentaient une partie significative. Est-ce qu’il faudrait astreindre les propriétaires d’immeubles à des exercices fréquents de prévention des incendies ?

Richard : La sécurité des personnes et la prévention des incendies reposent sur les épaules de tout le monde. La cause humaine demeure à ce jour la cause première des incendies. Tout le monde doit s’assurer d’avoir en tout temps, des avertisseurs de fumée fonctionnels, bien positionnés. Tout le monde doit vérifier périodiquement le bon fonctionnement de ses avertisseurs de fumée, minimalement deux fois par année, au passage à l’été et à l’hiver par exemple.

L’ACCP interpelle le milieu pour exiger l’installation de système d’extinction automatique (gicleurs automatiques) dans tout lieu d’habitation. De cette manière, dès le début d’un incendie, le déclenchement d’un gicleur d’eau pourrait tuer le feu à sa naissance, évitant la production de fumée nocive et réduisant les dommages causés par le feu au minimum.

En présence d’avertisseurs de fumée fonctionnels et d’un système d’extinction automatique, le risque de perte de la vie par un incendie est quasiment nul. La sensibilisation du public et l’éducation des jeunes sur les mesures de prévention permettent aussi de diminuer ce risque. Nous devons travailler sur le développement d’une culture de sécurité dans la population, incluant la sécurité contre les incendies et les gestes cruciaux en cas de catastrophe pour assurer la sécurité civile.

L’ACCP a un comité de travail sur la prévention et la sécurité civile pour le développement d’outils à la disposition des services d’incendie pour les aider dans leur rôle d’éducation du public. L’ACCP interpelle les autorités compétentes à la prudence avec l’introduction de nouvelles technologies de construction des immeubles pour ne pas qu’elles présentent une nouvelle menace pour les occupants ou les pompiers.

Notamment, nous savons qu’en matière de construction d’immeuble, il y a une réduction importante de la résistance au feu de certaines composantes critiques, comme les poutres de plancher. Elles sont très solides et durables en temps normal. Toutefois, soumis à la chaleur et les flammes d’un incendie, les éléments de structure se dégradent rapidement et cèdent, emportant la structure du même coup. Si des occupants y sont toujours présents à l’intérieur et s’il devait y avoir des pompiers aussi voulant porter secours aux occupants ou tenter d’éteindre l’incendie, ils se retrouvent coincés à l’intérieur.

 

Sianko : Les feux de forêt ont représenté un total de 1198 incendies en 2021, en Ontario. Ces derniers sont-ils dus au réchauffement climatique ou tout simplement à de la négligence ? Est-il possible de les réduire en adoptant des comportements écologiquement plus sains et plus responsables ?

Richard : Les feux de forêt ont toujours existé. Toutefois, ce que l’on semble constater est que leur amplitude est beaucoup plus importante de nos jours. La sécheresse plus significative, des vents plus violents, la proximité de milieu de vie des forêts sont tous parmi les facteurs contributifs à un incendie.

Les changements d’ordre climatique semblent accentuer les risques et les conséquences. Nous ne sommes pas tout à fait capables d’en mesurer les liens directs, mais nous observons des phénomènes de plus en plus fréquents, de plus en plus intenses, à des endroits qui n’étaient pas forcément connus comme vulnérables.

L’erreur humaine, volontaire ou accidentelle, demeure encore aujourd’hui la source de nombreux incendies de forêt. Des feux de joie mal surveillés ou incontrôlés peuvent se propager sur une forêt adjacente. Un tel feu de joie mal éteint à la suite de la fête, dont la combustion lente se poursuit sans surveillance, se rallume et se propage. Un simple mégot de cigarette non éteint jeté dans des herbes sèches ou l’utilisation non appropriée de feux d’artifice peuvent être à la source d’un feu de forêt dévastateur.

 

Sianko : La revalorisation de la profession de sapeur-pompier. Pensez-vous qu’il faut augmenter le salaire des sapeurs-pompiers et bonifier leur régime de cotisation aux retraites publiques et si oui, de combien ?

Richard : Nous estimons que 30% des pompiers au Canada occupent des postes à temps plein contre 70% à temps partiel, sur appel ou bénévoles. Nous comptons environ 100 000 pompiers au Canada selon de dernier sondage mené par l’ACCP. Nous estimons qu’environ 30% des pompiers canadiens ont plus de 50 ans.

Nous savons qu’il y a des difficultés et des écarts importants dans le recrutement et la rétention des pompiers, tout statut d’emploi confondu, mais il est toutefois plus facile d’avoir des pompiers permanents compte tenu des conditions de travail. Les services d’incendie vivent de plus en plus de difficultés à recruter des nouveaux pompiers à temps partiel, sur appel et bénévoles pour de nombreuses raisons, dont l’engagement qui est requis, la disponibilité de temps pour la formation initiale, les maintiens de compétence, l’entretien des équipements, etc.

Les gens veulent de plus en plus trouver un équilibre entre le travail, la vie familiale et les besoins personnels. Ceci remet en question la volonté des personnes à s’engager dans leur emploi régulier et à s’investir pour servir leur communauté comme pompier à temps partiel, sur appel ou bénévoles. L’exode des populations rurales vers les centres urbains, combiné au vieillissement de la population fait en sorte que certaines communautés ne sont pas en mesure de trouver suffisamment de personnes capables d’être pompiers à temps partiel, sur appel ou bénévoles.

Un effet parallèle de cet exode est la réduction de la vitalité économique des régions éloignées des centres urbains. Ces paroisses, villages et petites municipalités n’ont pas accès à tous les revenus nécessaires pour soutenir et maintenir efficacement tous les services municipaux requis, dont la protection contre les incendies et les services de secours. L’équipement vieillit et l’ajout de nouvelle technologie ou d’équipement d’intervention moderne est compromis.

Il y a aussi des effets particuliers sur la santé des pompiers qui sont de plus en plus documentés et qui peuvent amener des personnes à craindre le métier de pompier. Ces mesures sont de l’ordre de la santé mentale pour les blessures de stress opérationnel (pouvant mener au choc post-traumatique) considérant les événements particuliers auxquels les pompiers peuvent être exposés. Il y a aussi le fait que les pompiers sont exposés aux fumées des incendies, contenant de forte teneur de substances volatiles toxiques et cancérogènes. Des mesures de sécurité sont mises en place pour réduire l’occurrence de ces blessures de stress opérationnel, les risques de choc post-traumatique et l’exposition aux contaminants des fumées, mais le risque zéro n’existe pas dans notre métier.

L’augmentation des salaires n’est pas la seule solution pour attirer plus de personnes à se porter volontaire pour devenir pompier dans leur communauté, quel qu’en soit le statut d’emploi à temps plein, temps partiel, sur appel ou volontaires. C’est un ensemble d’éléments qui favorisent une meilleure valorisation du métier. Être pompier, c’est noble. Beaucoup de jeunes enfants rêvent de devenir pompier. C’est peut-être la méconnaissance du besoin d’avoir de nouveaux candidats qui n’incite pas les personnes à appliquer. Peut-être que les gens croient qu’il faut être une personne d’une forme physique hors du commun, alors qu’une personne le moindrement en forme peut devenir pompier. Il y a toujours des femmes qui hésitent à poser leur candidature alors qu’elles auraient tout intérêt à le faire et que ce métier leur revient tout autant que les hommes.

Bref, il y a beaucoup d’autres choses que je pourrais vous dire. Je crois que vous avez ici l’essence de la réalité du milieu des pompiers canadiens.

 

                                                                                                                                                           

Directeur Richard Amnotte

Association canadienne des chefs de

pompiers, 1, rue Rideau, bureau 700,

Ottawa (Ontario) K1N 8S7

1-800-775-5189

info@cafc.ca | www.cafc.ca

 

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