Développement durable des arts francophones : la FCCF consolide son action face aux défis politiques et numériques

Par Patrick Bizindavyi

Les réactions continuent de se multiplier au sein de la francophonie canadienne alors que les grands réseaux culturels amorcent des virages stratégiques majeurs pour assurer leur pérennité. À l’occasion de sa 49e assemblée générale annuelle tenue ce mercredi 10 juin 2026, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) a dévoilé son rapport d’activités pour l’exercice 2025-2026. Ce bilan dresse le portrait d’une organisation en pleine consolidation de ses actions, naviguant à travers une année charnière marquée par des bouleversements politiques fédéraux et l’accélération de la transition numérique.

Pour la FCCF, l’objectif est clair : bâtir et maintenir un écosystème solide pour le développement durable des arts et de la culture francophones et acadiens d’un bout à l’autre du pays, y compris dans les grandes métropoles en situation minoritaire comme Toronto. En mettant en œuvre la première année de son ambitieux Plan stratégique 2025-2030, l’organisme prouve sa capacité à s’ajuster aux réalités contemporaines du terrain tout en répondant aux besoins directs de ses membres.

Un réseau concerté et stratégique face aux crises

« Le bilan de cette année démontre la force de notre réseau, qui agit de façon concertée et stratégique. Toutes nos actions contribuent à renforcer un secteur artistique et culturel francophone et acadien qui s’épanouit durablement, non pas malgré les défis, mais grâce à notre capacité collective à y répondre », a affirmé avec conviction Nancy Juneau, présidente de la FCCF, lors du rassemblement des délégués.

Lancé officiellement en juin 2025, ce nouveau cadre stratégique a été pensé en étroite concertation avec les forces vives du milieu culturel et ses partenaires institutionnels. Il réaffirme l’importance de la FCCF comme le principal porte-parole politique du secteur. La notion de « développement culturel durable » est désormais solidement ancrée au cœur de chaque intervention publique ou programme de terrain. L’action globale de l’organisation s’articule autour de trois priorités transversales incontournables : l’éducation artistique, la transformation numérique, ainsi que la promotion d’une francophonie plurielle et inclusive.

Une offensive politique accrue sur la colline parlementaire

L’année financière 2025-2026 s’est ouverte dans un climat politique particulièrement effervescent en raison de la dernière campagne électorale fédérale. Loin de se laisser paralyser par l’incertitude politique, la FCCF a transformé ce contexte électoral en un levier d’influence stratégique. L’organisation a réussi le pari de mobiliser l’ensemble de son réseau autour d’une plateforme électorale commune, ce qui lui a permis de bâtir des ponts et d’établir un dialogue constructif dès l’arrivée du nouveau gouvernement à Ottawa.

Tout au long des derniers mois, la voix du secteur des arts a résonné avec insistance devant de multiples comités parlementaires et sénatoriaux. La fédération est intervenue de manière incisive sur des dossiers législatifs majeurs. Parmi ceux-ci, on note le suivi rigoureux de la mise en œuvre de la nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles, la surveillance des retombées de la Loi sur la diffusion continue en ligne, ainsi que la défense des intérêts culturels dans le cadre des renégociations de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM).

De plus, la FCCF a pris les devants concernant les répercussions éthiques et économiques de l’intelligence artificielle (IA) sur les industries créatives. À chaque tribune, elle a martelé l’urgence absolue de protéger et de pérenniser la souveraineté culturelle francophone à l’ère des algorithmes.

Un rayonnement qui dépasse les frontières canadiennes

Cette posture d’affirmation nationale s’est également matérialisée à l’international. La FCCF a fièrement porté la voix des communautés francophones du Canada lors de l’important sommet mondial MONDIACULT 2025 à Barcelone, ainsi qu’au cours de la cinquième Conférence des ministres de la Culture de la Francophonie.

Sur le plan national, un moment fort de l’année s’est déroulé en janvier 2026 à Ottawa. L’événement d’envergure intitulé « Regards croisés : 20 ans de diversité culturelle », organisé en étroite collaboration avec la Commission canadienne pour l’UNESCO, a réuni des dizaines de leaders culturels, de partenaires communautaires, de décideurs publics et d’élus politiques. 

Les discussions ont permis de repositionner la culture non pas comme une dépense, mais comme un moteur essentiel et transversal du développement durable de notre société.

La force de frappe de la fédération repose historiquement sur l’étanchéité et la qualité des liens tissés avec ses 22 membres provinciaux, territoriaux et nationaux. Durant l’exercice 2025-2026, cette solidarité s’est traduite par de multiples tables de concertation et des mandats de recherche conjoints avec le ministère du Patrimoine canadien. Ces démarches ont également mené à des interventions directes et inédites auprès de comités interministériels, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives de diversification des sources de financement pour les artistes de l’Ontario et d’ailleurs.

L’innovation au cœur des communautés et des écoles

L’innovation sociale et éducative a également été un vecteur majeur de réussite au cours de la dernière année. En décembre 2025, la FCCF a lancé officiellement Culture d’entreprise, une initiative pancanadienne novatrice de médiation culturelle. Ce programme vise spécifiquement à faciliter l’intégration sociale et à optimiser la rétention des personnes issues de l’immigration francophone directement au sein de leurs milieux d’emploi, renforçant ainsi l’inclusivité du réseau.

En matière d’éducation artistique, un jalon historique a été posé en mars 2026 avec l’organisation du tout premier Sommet pancanadien sur l’éducation artistique. Faisant suite au dépôt du mémoire de la fédération intitulé Une place de choix pour l’art à l’école, ce grand rendez-vous a jeté les bases d’une refonte des pratiques pour faire des arts un pilier incontournable de la vitalité des jeunes francophones. Parallèlement, les programmes réguliers PassepART, ImmersART et le laboratoire de création La ruchée ont connu un succès retentissant, rejoignant plus de 183 000 élèves répartis dans 1 200 écoles au pays.CT DE LA 

Impulsion 2030 : le grand virage numérique

Le secteur culturel ne pouvant ignorer la mutation des technologies, la FCCF a procédé en mars 2026 au lancement d’Impulsion 2030. Il s’agit de la toute première stratégie numérique nationale entièrement conçue par et pour le milieu artistique et culturel francophone canadien et acadien. Cette stratégie dresse une feuille de route collective pour guider la transition numérique en influençant directement les politiques publiques, en rehaussant les compétences technologiques des travailleurs culturels, et en stimulant les alliances stratégiques et la recherche sectorielle.

Sur le terrain, cette stratégie s’appuiera concrètement sur l’action de deux programmes phares : L’accélérateur TADA et La bande numérique. Ces deux initiatives ont de nouveau prouvé leur pertinence cette année en renforçant de manière tangible les capacités de diffusion et la découvrabilité des organismes artistiques œuvrant en situation minoritaire, notamment dans le Grand Toronto où la concurrence culturelle est féroce.

Une contribution économique majeure

Rappelons que depuis près d’un demi-siècle, la Fédération culturelle canadienne-française s’impose comme le pivot politique incontournable d’un secteur économique d’envergure. Les industries culturelles franco-canadiennes et acadiennes emploient aujourd’hui plus de 36 100 professionnels et injectent annuellement plus de 6 milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB) du Canada.

En plus de défendre l’avancement de ses 22 organismes de réglementation ou de représentation disciplinaire, la FCCF poursuit la saine gestion de grands projets structurants qui continuent de façonner l’identité francophone d’un océan à l’autre. Face aux transitions en cours, le réseau culturel démontre qu’il est prêt pour l’avenir.

Patrick Bizindavyi – Grand Toronto – IJL

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