Décès de Gérard Lévesque: disparition d’un bâtisseur de la francophonie ontarienne

Par Éditeur GrandToronto

La francophonie ontarienne vient de perdre l’un de ses piliers. Gérard Lévesque, avocat, notaire et chroniqueur engagé, est décédé le 13 avril 2026 à l’hôpital Toronto General, des suites d’un cancer du pancréas. Il allait avoir 80 ans.

Gérard Levesque

Un acteur de fond

Gérard Lévesque n’était pas un simple observateur de la francophonie ontarienne : il la construisait. Juriste depuis 1988, ancien directeur général de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario, il a constamment articulé droit, langue et engagement public. Chez lui, ces trois dimensions ne faisaient qu’un.

Avant de devenir une plume reconnue dans L’Express de Toronto et Francopresse, il avait déjà occupé des fonctions stratégiques au cœur des institutions francophones. Il a notamment dirigé l’Association canadienne-française de l’Ontario (1978-1981), puis l’AJEFO (1991-2001). À cela s’ajoutent des rôles clés : directeur de Télé-Clef, directeur du Centre de traduction et de documentation juridiques de l’Université d’Ottawa, professeur en Common Law en français et président du Comité des langues officielles du Programme de contestation judiciaire.

Ce parcours témoigne d’un engagement concret à structurer, défendre et institutionnaliser la place du français en Ontario.

Une carrière marquée par les droits linguistiques

Son nom reste surtout attaché aux droits linguistiques. En Ontario, son engagement a été lié à l’avancement des droits scolaires et à la gestion des établissements d’enseignement par la communauté franco-ontarienne. En Alberta, où il a aussi exercé, il a plaidé à plusieurs reprises sur le statut du français devant les tribunaux. L’AJEFA souligne que ses démarches ont contribué à clarifier l’article 4 de la Loi linguistique de l’Alberta, notamment l’affaire R. c. Pooran en 2011.

Cette dimension de sa carrière compte énormément, parce qu’elle montre qu’il n’a pas seulement commenté les droits linguistiques: il les a défendus sur le terrain, dossier par dossier.

Ce qui rend aussi sa trajectoire marquante, c’est sa constance. Comme chroniqueur, Gérard Lévesque suivait l’actualité juridique et politique touchant les minorités francophones, en particulier en Ontario. Sa page auteur chez Francopresse témoigne d’un intérêt soutenu pour les droits linguistiques, la justice en français, les obligations constitutionnelles du Canada et l’égalité réelle des communautés francophones. Même dans les derniers mois de sa vie, L’Express rapporte qu’il travaillait encore sur trois brouillons d’articles. Jusqu’au bout, il est resté une vigie.

Des distinctions et des hommages à la hauteur de son engagement

Les honneurs qu’il a reçus donnent aussi la mesure de son influence. Le gouvernement de l’Ontario l’a reconnu parmi les lauréats du Prix de la francophonie de l’Ontario en 2012. L’Express rappelle que cette reconnaissance soulignait notamment sa contribution à l’obtention du droit de la communauté franco-ontarienne à gérer ses établissements d’enseignement. À cela s’ajoutent l’Ordre des francophones d’Amérique, l’Ordre de la Pléiade, l’Ordre du mérite de l’AJEFO, le Prix d’excellence Jean-Louis-Lebel remis par l’AJEFA en 2014, puis le Prix Bastarache-Charron en 2021. Plus qu’une simple accumulation de distinctions, cela témoigne d’un engagement respecté sur plusieurs décennies et dans plusieurs provinces.

Les réactions publiées après sa mort confirment d’ailleurs qu’il laisse un vide réel. Sarah Sudre, de l’AJEFO, l’a décrit comme « l’une des plus grandes figures de l’AJEFO ». Du côté de l’AFO, on a salué une « figure marquante de la francophonie ontarienne » et un homme dont l’engagement a laissé une empreinte durable dans les institutions et dans la mémoire collective. Ces mots relèvent à quel point Gérard Lévesque était perçu comme un bâtisseur.

Déjà en 2012, lors de la remise du Prix de la francophonie, Madeleine Meilleur le résumait en peu de mots: « Il est déterminé et déterminant. »

Un héritage durable pour l’Ontario français

C’est peut-être là qu’il faut s’arrêter un instant. Dans beaucoup de communautés, on célèbre surtout les visages visibles, les personnalités médiatiques, les gens qui occupent la scène. Gérard Lévesque appartenait à une autre catégorie: celle des gens qui font avancer les choses en profondeur, et plus discrètement. Il plaidait, écrivait, enseignait, dirigeait, expliquait, documentait. Il reliait le monde du droit à la vie réelle des francophones. Il rappelait que les droits ne tiennent pas debout tout seuls, et que chaque recul commence souvent quand plus personne ne veut surveiller, contester ou insister.

Avec sa disparition, l’Ontario français ne perd donc pas seulement un chroniqueur respecté ni un avocat chevronné. Il perd une mémoire vivante, une conscience juridique et une voix qui refusait la résignation.

Sa disparition laisse un manque évident. Mais surtout, elle pose une question : qui prendra le relais ?

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Image: Gemini

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