Bernard Grandmaître : le père des services en français en Ontario s’éteint à 92 ans

Par Mike Laviolle

L’Ontario français perd l’un de ses plus grands bâtisseurs. L’ancien ministre provincial Bernard Grandmaître, ardent défenseur des droits linguistiques et artisan de la Loi sur les services en français, est décédé le mardi 28 octobre 2025 à l’âge de 92 ans. Son départ marque la fin d’une époque pour la communauté franco-ontarienne, qu’il a servie avec constance, courage et vision pendant plus d’un demi-siècle.

Né à Vanier – aujourd’hui un quartier d’Ottawa – Bernard Grandmaître a grandi dans un milieu francophone où la solidarité communautaire et le service public faisaient partie du quotidien. Diplômé des écoles locales, il s’est rapidement engagé dans la vie municipale, amorçant en 1969 une carrière publique qui allait durer plus de 30 ans.

Élu conseiller municipal de 1969 à 1974, puis maire de Vanier de 1974 à 1980 et à nouveau de 1982 à 1984, il a profondément transformé sa ville. Sous son leadership, Vanier a connu une période de modernisation urbaine tout en préservant son identité francophone, rare bastion du français au cœur de la capitale nationale. Ceux qui l’ont côtoyé se souviennent d’un homme rassembleur, pragmatique et proche des citoyens.

De Vanier à Queen’s Park : un parcours exceptionnel

En 1984, Bernard Grandmaître fait le saut en politique provinciale. Élu député libéral de la circonscription d’Ottawa-Est, il siégera à Queen’s Park jusqu’en 1999, occupant plusieurs postes ministériels : Revenu, Affaires municipales, et surtout Affaires francophones, un portefeuille qu’il a marqué de son empreinte.

C’est dans ces fonctions qu’il laissera son héritage le plus durable : la Loi sur les services en français, adoptée en 1986. Cette législation historique garantit aux francophones de l’Ontario l’accès à certains services gouvernementaux dans leur langue, consacrant le principe d’égalité linguistique au sein de la province.

« Le dévouement indéfectible de Bernard Grandmaître a transformé d’innombrables vies, faisant de l’Ontario un meilleur endroit pour les citoyens francophones, a souligné Michelle Boileau, présidente de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO), dans une déclaration officielle. Son engagement inébranlable envers les municipalités de l’Ontario a laissé une marque indélébile sur d’innombrables vies. Mes pensées accompagnent sa famille. »

Un héritage politique et humain durable

À travers cette loi pionnière, Bernard Grandmaître a donné à la communauté franco-ontarienne les moyens d’exister pleinement dans la sphère publique.
Elle a ouvert la voie à la désignation d’organismes, d’hôpitaux et d’administrations municipales tenus d’offrir leurs services en français, posant les bases de ce qui deviendra plus tard l’Office des affaires francophones.

Mais au-delà du texte législatif, Grandmaître incarnait une conception généreuse du service public : celle d’un homme convaincu que la justice linguistique était inséparable de la cohésion sociale.
Dans ses fonctions successives, il s’est battu pour un meilleur financement des écoles de langue française, pour la reconnaissance du rôle des municipalités dans la vitalité culturelle et pour la présence du français dans toutes les régions de l’Ontario.

Même après son retrait de la vie politique en 1999, il est demeuré actif et engagé. Il a notamment présidé le Comité des services en français de la Ville d’Ottawa, veillant à ce que la capitale continue d’offrir des services municipaux bilingues de qualité. Son influence a traversé les générations : plusieurs élus francophones d’aujourd’hui citent encore son nom comme une source d’inspiration.

Un modèle de leadership pour les générations futures

Bernard Grandmaître laisse derrière lui un héritage à la fois institutionnel et moral. Son œuvre rappelle que la défense du français en Ontario est le fruit de combats patients et de compromis courageux.
Il a su concilier rigueur politique et proximité humaine, dialoguant aussi bien avec les gouvernements successifs qu’avec les citoyens et les organismes communautaires.

Pour de nombreux Franco-Ontariens, son nom est devenu synonyme de respect et de reconnaissance. Les écoles, centres communautaires et institutions qui portent son nom témoignent de la gratitude d’une province envers celui qui a fait du français une langue de service, de culture et de dignité.

Un dernier hommage

À l’annonce de son décès, les messages de sympathie se sont multipliés dans tout l’Ontario et au-delà. Les élus municipaux, les représentants communautaires et les citoyens saluent unanimement l’homme d’État, le bâtisseur et le visionnaire.

Même à 92 ans, Bernard Grandmaître continuait d’incarner cette francophonie ontarienne fière et résiliente, qui se bat encore aujourd’hui pour sa pleine reconnaissance. Son engagement envers le service public et la défense des droits linguistiques demeurera un phare pour les générations à venir.

« L’héritage durable de Bernard Grandmaître illustre son engagement envers le service public et la défense des droits linguistiques, conclut le communiqué de l’AFMO. Il motive les futurs dirigeants à poursuivre cette mission essentielle pour la justice et l’égalité. »

Photo : Facebook de l’ACFO Ottawa

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