Ottawa bloque l’agrandissement de l’aéroport Billy Bishop

Par Patrick Bizindavyi

 Ce qui devait être une journée de mobilisation et de protestation aux abords du lac Ontario s’est métamorphosé en un grand rassemblement de célébration. Rassemblés ce dimanche au parc Harbour Square, les militants écologistes, les résidents du secteur et les membres du groupe citoyen NoJetsTO n’ont pas eu à scander des slogans de colère : ils ont fêté ce qu’ils qualifient de victoire historique de la « voix populaire »

Cette vague de soulagement fait suite à l’annonce coup de poing faite vendredi par le gouvernement fédéral : Ottawa refuse d’appuyer le projet d’expansion de l’aéroport Billy Bishop.

« C’est la preuve que la mobilisation citoyenne peut faire plier les plus grands projets. Le pouvoir du peuple l’a emporté sur les gros intérêts financiers. »

— Norm Di Pasquale, responsable du programme NoJetsTO

Le gouvernement fédéral met un frein aux ambitions de la province

Le projet, ardemment défendu par le gouvernement provincial de Doug Ford et la Toronto Port Authority, prévoyait un allongement de la piste d’atterrissage afin d’accueillir des avions à réaction (jets) plus imposants. La province prévoyait ainsi faire passer le flux de passagers de 2 à 10 millions par an.

Cependant, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a confirmé que le gouvernement ne donnerait pas son aval. Cette décision s’appuie sur une consultation publique d’envergure menée par Transports Canada, qui a récolté plus de 87 000 réponses, dont une très vaste majorité s’opposait fermement au projet.

Pour justifier sa décision, Ottawa a mis en avant plusieurs préoccupations majeures relevées lors des consultations. Le gouvernement fédéral refuse notamment d’empiéter sur des lieux emblématiques du secteur comme le parc Little Norway ou la plage de Hanlan’s Point. De plus, les craintes liées aux nuisances sonores accrues et aux impacts néfastes sur l’écosystème riverain ont pesé lourd dans la balance, tout comme la volonté explicite d’éviter de freiner les projets de développement de nouveaux logements, jugés essentiels pour le centre-ville de Toronto.

La mairesse jubile, la province maintient sa position

La mairesse de Toronto, Olivia Chow, a vivement salué l’intervention d’Ottawa, remerciant les citoyens qui se sont mobilisés sans relâche. Elle demande maintenant à Queen’s Park de restituer à la Ville les terrains municipaux qui avaient été ciblés par la législation provinciale.

Du côté de Queen’s Park, la pilule passe plus difficilement. Le ministre des Transports de l’Ontario, Prabmeet Sarkaria, a réitéré que la province comptait continuer de chercher des moyens de faire avancer l’expansion, vantant des retombées économiques potentielles allant jusqu’à 8,5 milliards de dollars par an.

Cap sur les aménagements de sécurité

Pour l’instant, les opérations à l’aéroport du centre-ville demeureront concentrées sur les turbopropulseurs actuels (de type Q400). Transports Canada a précisé que les seuls travaux autorisés sur le site seront ceux strictement réservés aux aménagements de sécurité obligatoires.

Pour les résidents du secteur et les amoureux des îles de Toronto, le rassemblement de ce dimanche avait des airs de victoire durable pour la préservation des berges de la Ville reine.

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