Au cœur du Festival Carassauga, le pavillon Afrique a une nouvelle fois transformé le Centre Paramount Fine Foods en véritable espace de transmission culturelle le week-end dernier. Entre gastronomie, musique, artisanat, danse, défilé de mode et soccer, l’événement a surtout mis en lumière un enjeu central pour de nombreuses familles africaines établies au Canada : comment transmettre leur culture à des enfants qui grandissent loin du continent africain.
Pour plusieurs intervenantes rencontrées sur place, Carassauga ne représente pas seulement une fête multiculturelle. C’est aussi un moment presque nécessaire pour reconnecter les jeunes générations à leurs racines.
« Pour nos jeunes, être ici, c’est être fiers de cette culture-là, explique Edith Taki, responsable des communications du pavillon Afrique. Beaucoup de nos jeunes apprennent certaines choses de l’Afrique ici même. Ils découvrent des objets culturels, rencontrent des gens de leur culture et apprennent d’où ils viennent. »
Cette année, le pavillon mettait particulièrement à l’honneur le Sénégal, le Niger et le Rwanda, tout en proposant une programmation variée : groupes musicaux, ateliers de djembé, stands gastronomiques, tresses africaines et même une section dédiée au soccer africain en lien avec la Coupe du monde 2026.
« Je peux peut-être leur offrir ma culture »
Pour Ngaseu Kamga, fondatrice de Beats With My Soul (BWMS), animatrice d’ateliers de djembé et mère de famille camerounaise installée au Canada, cette transmission est devenue une mission personnelle.
Venue partager une partie de son héritage culturel à travers le djembé, elle raconte avoir commencé à apprendre l’instrument après la naissance de son premier fils. « Je me suis dit : je ne suis peut-être pas assez riche pour lui offrir une maison, mais peut-être que je peux lui offrir ma culture. »
Ses deux garçons, nés au Canada, participaient d’ailleurs eux aussi aux ateliers pendant le festival.
« Chaque fois que je peux leur donner une petite partie de moi, je le fais, explique-t-elle. Ils me boudent parfois, ils préfèrent être ailleurs, mais je sais qu’un jour ils vont me remercier. »
Selon elle, maintenir cette connexion culturelle dans un contexte canadien demeure particulièrement complexe.
« C’est très, très difficile », affirme-t-elle. « Le déplacement, le travail, les horaires… trouver le temps pour transmettre tout ça, c’est compliqué. »
Au-delà du cadre familial, elle utilise également le djembé dans des écoles, des garderies, des résidences pour aînés ou encore des refuges pour femmes victimes de violence conjugale. Elle y voit un outil de connexion humaine dans une société où les écrans occupent une place grandissante.
« On me dit souvent que c’est la seule activité où les enfants jouent une heure sans chercher leur téléphone », raconte-t-elle.

La gastronomie comme mémoire culturelle
Même constat du côté de Marie-Josée Tokpa, fondatrice du service traiteur ivoirien Ivoire Délice. Derrière les plats servis au pavillon — poisson grillé, poulet braisé ou encore plakali sauce gombo — se cache aussi une volonté de préserver une identité culturelle auprès des jeunes générations.
« Nous sommes là pour perpétuer la culture de chez nous, explique-t-elle. Pour que les enfants que nous avons ici, qui grandissent avec la culture canadienne, n’oublient pas leurs origines. »
Elle reconnaît toutefois que la tâche n’est pas simple.
« Honnêtement, oui, c’est compliqué », dit-elle. « Les enfants sont exposés à énormément de choses ici : la nourriture canadienne, le fast-food, toutes les autres cultures. Si on ne perpétue pas notre culture nous-mêmes, ce serait dommage. »
Pour pallier cette difficulté, elle organise notamment des ateliers culinaires dans des écoles afin d’initier les jeunes à la cuisine ivoirienne et africaine.
« La culture, c’est notre identité »
Parmi les visiteurs du festival, plusieurs familles avaient fait le déplacement précisément pour cette raison.
N’Goran Viviane Sinan, vice-présidente de l’ACIRTE et mère ivoirienne rencontrée au pavillon, racontait être venue avec ses enfants afin de « connecter les enfants à la culture ». Pour elle, le photobooth, les vêtements traditionnels ou encore les stands gastronomiques représentent bien plus que du divertissement. « Ça raconte une histoire », explique-t-elle.
« La culture, pour moi, c’est fondamental. C’est notre identité , poursuit-elle. C’est important pour les enfants qui naissent ou grandissent au Canada de connecter avec la culture. Quelquefois, on leur demande d’où ils viennent et ils répondent seulement “je suis Canadien”. Mais il y a quelque chose de leurs parents en eux. »
Elle estime d’ailleurs que ce type d’initiative devrait être encore plus fréquent.
« On a besoin de beaucoup plus d’événements comme celui-là. La culture ne devrait pas être quelque chose de ponctuel, mais un travail de tous les jours. »

Une vitrine africaine dans un festival mondial
Dans un festival comme Carassauga, où les pavillons culturels du monde entier se côtoient, le pavillon Afrique sert également de vitrine auprès du grand public.
Cette année, il partageait notamment son espace avec le pavillon chinois, une cohabitation que plusieurs participantes ont saluée comme une occasion d’échange culturel enrichissante.
Pour Edith Taki, cette visibilité est essentielle dans une ville aussi multiculturelle que Mississauga en particulier et dans la région du Grand Toronto en général.
« Carassauga est devenu un festival mondial, souligne-t-elle. Être là, c’est mettre en avant notre culture, montrer notre diversité et permettre à nos jeunes de voir qu’eux aussi ont leur place. »
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Mike Laviolle – Grand Toronto – IJL