Une francophonie en mouvement : retour sur les consultations de l’AFO à Toronto

Par Mike Laviolle

Les 14 et 15 mai, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) faisait escale à Toronto dans le cadre de ses consultations des États généraux de l’Ontario français, une vaste démarche de réflexion menée à travers la province sur l’avenir de la francophonie ontarienne. Après un arrêt à Mississauga à la mi-avril, cette nouvelle étape a permis de mettre en lumière plusieurs réalités propres au Grand Toronto, notamment la diversité de la communauté, l’intégration des nouveaux arrivants et la place des jeunes dans les discussions sur l’avenir de la francophonie.

Organisée à Toronto en collaboration avec Centre francophone du Grand Toronto, cette étape torontoise s’est distinguée par l’importance accordée à la diversité des profils présents autour de la table : organismes communautaires, nouveaux arrivants, jeunes leaders, acteurs institutionnels et membres engagés de la communauté ont partagé leurs préoccupations et leurs idées pour les prochaines décennies.

« Une des différences qu’on a vues ici, c’est qu’on utilise beaucoup plus de diversité dans la participation aux rencontres que dans d’autres communautés », souligne Peter Hominuk. « Il y a beaucoup de diversité à Toronto. Mais aussi un engagement de tout le monde, qu’on soit ici depuis longtemps ou qu’on soit nouveaux arrivants, pour vraiment travailler ensemble. »

Le directeur général de l’AFO explique également que le format sur deux jours répondait à une réalité propre au Grand Toronto. « On a tenu une consultation en soirée, une en journée, pour donner la chance à autant de gens de participer que possible », affirme-t-il, évoquant des groupes de « 70-80 personnes » lors des deux séances.

Immigration, services et sentiment d’appartenance

Au fil des discussions, plusieurs grands thèmes sont revenus de manière récurrente. L’immigration francophone et l’intégration des nouveaux arrivants ont occupé une place centrale, reflet direct des réalités démographiques torontoises.

« On veut aussi s’assurer qu’on est capable de bien intégrer les gens qui arrivent au sein de nos communautés », affirme Peter Hominuk. « Chaque personne qui est francophone, qui vient dans une communauté qu’on n’accueille pas, c’est une personne qui peut-être ne s’intègre pas au sein de la communauté ou qui ne met pas ses enfants dans nos écoles francophones. »

Parmi les participantes figurait Abra, arrivée à Scarborough avec sa famille en mars dernier. Pour elle, cette consultation représentait avant tout une occasion de découvrir la communauté franco-ontarienne.

« Je suis venue rencontrer la communauté ontarienne francophone et ressentir cette chaleur-là », explique-t-elle.

Si elle dit avoir découvert « énormément de ressources » en français, elle évoque aussi certains défis vécus depuis son arrivée. « Il y a des services qui se confondent et puis je sens une certaine confusion quand je demande tel service », raconte-t-elle, ajoutant qu’elle s’attendait à « un accompagnement sur mesure, plus personnalisé ».

Après la consultation, elle estime toutefois repartir avec une meilleure compréhension des enjeux. « Ça éclaircit beaucoup de choses et je pense que l’avenir est plutôt prometteur pour l’Ontario français. »

AFO à Toronto
Photo : Mike Laviolle/Grand Toronto

« Travailler ensemble »

Au-delà des enjeux liés à l’immigration, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’une plus grande collaboration entre les organismes francophones.

Pour Benjamin Sourisseau, l’avenir de la francophonie passera inévitablement par des partenariats plus concrets.

« Le mot d’ordre, c’est de travailler ensemble », affirme-t-il. « Il faut trouver le courage d’avoir des partenariats concrets, d’avoir des mutualisations de services entre organismes, pour que l’on puisse toujours offrir de meilleurs services auprès de nos bénéficiaires. »

Le directeur d’Action Positive estime observer un changement de mentalité dans le milieu communautaire. « Ce n’est plus une question d’être isolé, de se battre pour les mêmes subventions, de se battre pour une part du gâteau, mais de regarder comment on peut travailler ensemble. »

Même constat du côté de Estelle Courty Duchon, qui voit dans ces consultations une façon pour la communauté de reprendre collectivement le contrôle sur son avenir.

« Si on laisse l’environnement décider pour nous de comment on évolue, on va subir les changements », explique-t-elle. « Ces consultations, c’est une façon de dire qu’on ne veut pas subir les changements qui se passent autour de nous, on veut être acteurs. »

La dirigeante du Centre francophone rappelle également les défis croissants auxquels font face plusieurs organismes communautaires, particulièrement les plus petits. « C’est difficile de répondre aux exigences des gouvernements qui ne font qu’augmenter, et aussi aux besoins de la communauté », souligne-t-elle.

La jeunesse veut être entendue

Les jeunes francophones ont eux aussi voulu faire entendre leur voix durant cette étape torontoise.

Fraîchement élu président de Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Henri Lavergne estime que les consultations doivent aller au-delà d’une simple présence symbolique des jeunes autour des tables.

« Souvent, on consulte les jeunes pour checker une boîte pour dire qu’on a consulté les jeunes et on ne les écoute pas vraiment », lance-t-il.

L’élève du Collège français de Toronto dit vouloir porter les réalités multiples de la jeunesse franco-ontarienne, qu’il s’agisse des défis d’insécurité linguistique, du sentiment d’appartenance ou des différences entre les régions.

« Une école à Ottawa qui a des centaines de jeunes vit des réalités très différentes de mon école ici à Toronto », explique-t-il. « Je veux m’assurer qu’on les représente réellement et pas juste une petite partie. »

AFO à Toronto
Photo : Mike Laviolle/Grand Toronto

Une consultation porteuse d’espoir

Président de l’ACFO Toronto, Jean‑Claude N’Da voit dans cette démarche provinciale une occasion importante de bâtir une vision collective.

« C’est une très bonne initiative », affirme-t-il. « C’est une co-planification, une co-construction et c’est toujours bon d’avoir l’avis de tout le monde pour construire cette francophonie. »

Comme plusieurs participants rencontrés durant ces deux journées, il dit repartir optimiste malgré les défis évoqués.

« Il y a des gens qui sont très engagés, très mobilisés et qui apportent cette intelligence aux communautés pour que cette francophonie continue de trouver sa place à Toronto et en Ontario. »

Du côté de l’AFO, les consultations doivent se poursuivre dans plusieurs régions de la province avant une phase de compilation et d’analyse des recommandations recueillies sur le terrain.

« Je suis tellement encouragé par l’engagement que je vois sur le terrain », conclut Peter Hominuk. « Je sais que les années futures pour la francophonie sont encore plus riches que les années du passé. »


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Mike Laviolle – Grand Toronto – IJL

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