Ernst Jeudy : du terrain journalistique à la fiction engagée avec Zombie Lover

Par Mike Laviolle

Après plus de vingt ans à raconter le réel, Ernst Jeudy choisit aujourd’hui d’explorer une autre manière de dire le monde. Le journaliste, installé au Canada après une carrière marquée par les crises haïtiennes et les missions internationales, signe avec Zombie Lover son premier roman, une œuvre à la fois intime, engagée et profondément ancrée dans son parcours.

« En fait, mon nom c’est Ernst Jeudy. Je suis journaliste et j’aime écrire », résume-t-il simplement. Une évidence presque naturelle pour celui qui, très jeune, se voyait déjà dans ces deux rôles. « Tout petit, je voulais faire deux choses dans ma vie : je voulais devenir journaliste et je voulais écrire. »

Une vocation née en Haïti

Cette double vocation prend racine en Haïti, dans un environnement où l’actualité n’est jamais abstraite. Enfant, il écoute attentivement les bulletins d’information avec son père et développe un réflexe qui ne le quittera plus : questionner. « Je voulais comprendre tout ce qui se passait autour de moi quand j’entendais une nouvelle que je ne pouvais pas comprendre. »

Dans un pays marqué par les crises politiques, les coups d’État et les catastrophes naturelles, cette curiosité devient une nécessité. « Toutes ces choses-là m’ont peut-être inspiré à aller vers le métier du journalisme », explique-t-il.

Sa carrière débute officiellement en 2001, dans une radio privée haïtienne. Un baptême du feu qui restera gravé. « C’était le jour des attentats aux États-Unis… on m’a dit qu’il fallait présenter le radiojournal. » Une première expérience intense, à la hauteur de ce que sera son parcours : plongé au cœur de l’actualité, souvent dans l’urgence.

Du terrain international au Canada

Au fil des années, Ernst Jeudy couvre les réalités sociopolitiques de son pays, avant de rejoindre la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti, où il travaille pendant une décennie. Une immersion qui marque durablement sa vision du monde. « On développait pas mal de thématiques, que ce soit sur le développement, l’environnement, le changement climatique… »

Mais c’est aussi en tant que témoin direct de l’histoire qu’il se forge une voix singulière. Survivant du séisme de 2010, il observe les décombres, les cris, mais aussi la résilience. Une expérience fondatrice, qui nourrit aujourd’hui sa réflexion sur les sociétés fragilisées et les enjeux de reconstruction.

Installé au Canada depuis 2017, il poursuit sa carrière à Radio-Canada, notamment dans l’Ouest, avant de s’établir en Ontario. « J’ai beaucoup aimé ce séjour là-bas parce que ça m’a permis de comprendre la réalité dans l’ouest du pays », dit-il.

L’appel de l’écriture

Mais derrière le journaliste, l’écrivain n’a jamais disparu. Dès l’adolescence, Ernst Jeudy publie un recueil de poésie, puis un ouvrage destiné aux enfants après le séisme de 2010. Pourtant, le projet de roman met du temps à émerger. « Par rapport à mes obligations professionnelles et personnelles, je mettais sur pause mon projet d’écrire », reconnaît-il.

Il faudra plusieurs années, et une forme de déclic, pour que l’écriture reprenne toute sa place. « Ça fait presque six ans que je travaillais sur ce projet », confie-t-il.

Ernst Jeudy, Zombie Lover
La couverture du premier livre d’Ernst Jeudy. Photo : gracieusté

Zombie Lover, entre enquête et fiction

À l’origine du roman, une démarche presque journalistique : comprendre ce qui se cache derrière le phénomène de la zombification en Haïti. « Je suis très, très curieux… je voulais comprendre comment vivent les vodouisants », explique-t-il.

Loin des clichés, il mène des recherches, rencontre des adeptes, écoute les récits. Et découvre une réalité bien différente de celle véhiculée par la culture populaire.
« Le zombie haïtien, tel qu’on l’imagine souvent, n’a rien à voir avec celui qu’on voit à la télévision ou à Hollywood… il y a toute une différence. »

De cette enquête naît une fiction. Publié le 27 février 2026, Zombie Lover raconte l’histoire de Kathleen Perry, une sociologue américaine venue étudier le vodou en Haïti, qui tombe amoureuse d’Éric, un homme pris entre la vie et la mort.

« Il va y avoir une passion immédiate, une passion dévorante, une passion libératrice jusqu’à l’impensable », décrit l’auteur.

Mais la révélation bouleverse tout. « Kathleen va découvrir que Éric, c’est un zombie… un homme condamné il y a 20 ans… qui errait entre la vie et la mort. »

Une romance… et une réflexion sociale

Au cœur du roman, une question universelle : « Aimer un mort-vivant, est-ce que cela est possible ? Et si oui, c’est à quel prix ? »

Derrière cette intrigue de dark romance se cache pourtant une réflexion plus profonde. Ernst Jeudy utilise la zombification comme une métaphore des formes modernes d’aliénation. « Le zombie, il est dépourvu de sa liberté… on dirait que c’est comme une sorte d’esclavage… l’esclavage invisible du 21e siècle », analyse-t-il.

À travers cette histoire, il explore les relations humaines, les rapports de pouvoir et les dynamiques qui façonnent les sociétés contemporaines.

Un premier roman qui trouve son public

Depuis sa sortie, les retours sont encourageants. « J’ai eu pas mal de mots d’encouragement… de la communauté haïtienne, mais aussi d’autres personnes qui sont intéressées à découvrir d’autres cultures », souligne-t-il.

Disponible en français et en anglais, le roman se veut aussi une passerelle entre les publics. « Je voulais que ce soit prêt pour les lecteurs anglophones, tout comme les francophones », explique l’auteur, avec la volonté de faire voyager son histoire au-delà des frontières.

Où se procurer le livre

Zombie Lover est disponible dès maintenant en version papier et numérique.

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Avec Zombie Lover, Ernst Jeudy signe une première œuvre ambitieuse, nourrie par des années de terrain et une profonde connaissance des réalités humaines. Un passage de l’information à la fiction qui ne marque pas une rupture, mais une continuité.

Car au fond, qu’il soit derrière un micro ou face à une page blanche, son objectif reste le même : comprendre, raconter, et donner du sens.

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