L’annonce du gouvernement du Canada concernant la création d’une nouvelle voie d’Entrée Express dédiée aux médecins formés à l’étranger et déjà actifs sur le territoire suscite une réaction positive de la Société Santé en français (SSF). L’organisme national, qui regroupe 16 réseaux de santé en français à travers le pays, voit dans cette initiative fédérale un pas important pour stabiliser la main-d’œuvre médicale et répondre à des besoins urgents dans le système de santé canadien. Mais si la SSF reconnaît l’importance de cette mesure, elle insiste également sur la nécessité de tenir compte des réalités particulières des communautés francophones et acadienne vivant en situation minoritaire, où l’accès aux soins en français demeure un enjeu central.
La nouvelle voie d’immigration vise à faciliter l’accès à la résidence permanente pour les médecins formés à l’étranger qui exercent déjà au Canada. En se concentrant sur un groupe professionnel fortement sollicité, elle répond à un défi national : la pénurie croissante de médecins dans plusieurs provinces et territoires. Pour la SSF, cette mesure constitue une avancée bienvenue dans un contexte où les ressources médicales sont particulièrement fragilisées, que ce soit en milieu urbain, rural ou nordique. En permettant aux médecins étrangers de s’établir durablement au Canada, le gouvernement espère renforcer la stabilité d’un effectif médical souvent dispersé et surchargé. Pour les communautés francophones en situation minoritaire, cette stabilité représente un enjeu crucial, car elle a des répercussions directes sur la continuité des soins offerts localement.
L’importance de l’accès aux soins en français, un enjeu toujours prioritaire
Malgré son accueil positif, la SSF rappelle que l’accès équitable à des services de santé en français est encore loin d’être garanti dans plusieurs régions du pays. Les défis liés au recrutement et à la rétention de professionnels francophones ou bilingues persistent, particulièrement dans les provinces où la population francophone est dispersée et où les ressources médicales sont limitées. Antoine Désilets, directeur général de la SSF, souligne que la langue de service demeure un déterminant essentiel de la qualité des soins. Il rappelle que la recherche démontre de manière constante que recevoir des soins dans sa langue maternelle améliore la compréhension, la satisfaction, la sécurité et l’efficacité des interventions. Pour cette raison, il juge indispensable que cette nouvelle voie d’immigration ne se contente pas de combler des manques généralisés, mais qu’elle puisse également contribuer à renforcer l’accès aux services en français là où il fait particulièrement défaut.
Un besoin de précisions sur la place du français dans cette nouvelle voie migratoire
La SSF note que les informations publiées jusqu’à présent ne permettent pas d’évaluer clairement la proportion de médecins francophones susceptibles de bénéficier de la nouvelle mesure. Cette absence de données constitue, selon l’organisme, un obstacle à l’analyse de son impact réel sur l’accès aux soins en français. La SSF exprime donc le souhait que le gouvernement précise rapidement les paramètres linguistiques de ce dispositif, ainsi que les mécanismes qui permettront d’en mesurer les retombées. Pour les communautés francophones, la question du suivi est essentielle. Sans données sur la langue de travail, la langue de formation et la langue de service des médecins admis, il serait difficile de garantir que cette initiative contribuera à améliorer les services disponibles dans les régions où vivent des populations francophones minoritaires.

Une collaboration nécessaire entre le fédéral, les provinces et les réseaux de santé en français
La SSF réitère sa volonté de collaborer étroitement avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ainsi qu’avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, pour s’assurer que cette nouvelle voie d’immigration puisse favoriser le recrutement de médecins francophones ou bilingues. Les 16 réseaux de santé en français, présents partout au pays, constituent à cet égard des partenaires clés. Ils possèdent une connaissance fine des besoins régionaux, des obstacles rencontrés par les établissements de santé et des réalités vécues par les patients francophones. Cette collaboration tripartite pourrait permettre de développer des stratégies ciblées, adaptées aux différents contextes provinciaux et territoriaux, et d’orienter les nouveaux arrivants vers les régions où les besoins sont les plus pressants.
Un enjeu plus vaste : l’équité en santé pour toutes les communautés
Pour la SSF, cette annonce fédérale doit être comprise dans une perspective plus large : celle de l’équité en santé. Si le Canada souhaite réellement renforcer son système de santé, il ne suffit pas d’augmenter le nombre de médecins disponibles. Il faut aussi s’assurer que chaque communauté, y compris celles en situation minoritaire, puisse bénéficier de services culturellement et linguistiquement adaptés. La pénurie de médecins francophones a des conséquences directes sur l’expérience des patients, qu’il s’agisse de diagnostics erronés, de difficultés à se faire comprendre ou d’un accès limité aux services spécialisés. En s’assurant que les nouvelles mesures d’immigration contribuent à combler ces lacunes, le gouvernement peut améliorer de manière significative la qualité des services offerts et la sécurité des soins.
Un organisme national engagé depuis plus de 20 ans
Au cœur de ces revendications se trouve la mission fondamentale de la Société Santé en français. En tant que pont entre les communautés et les gouvernements, la SSF œuvre depuis plus de deux décennies à promouvoir le développement de services de santé en français dans toutes les provinces et territoires où le français est minoritaire. Son réseau de 16 partenaires régionaux lui permet de mobiliser les acteurs de première ligne, de soutenir les initiatives locales et d’influencer les politiques publiques en faveur d’une meilleure accessibilité linguistique. L’annonce d’aujourd’hui s’inscrit ainsi dans une série de dossiers suivis de près par l’organisme, qui entend continuer à jouer un rôle déterminant pour que les besoins des communautés francophones soient entendus et pris en compte.
Vers une mise en œuvre inclusive et structurante des nouvelles mesures
La SSF conclut en réaffirmant que, bien conçue et bien coordonnée, cette nouvelle voie d’immigration pourrait contribuer à renforcer à la fois l’effectif médical canadien et l’équité en santé pour les communautés francophones. L’organisme appelle donc à un dialogue continu et à des collaborations concrètes pour s’assurer que les bénéfices de cette mesure se traduisent sur le terrain, dans les cliniques, les hôpitaux et les centres de santé fréquentés par les francophones. Le renforcement des capacités médicales est nécessaire, mais il doit s’accompagner d’un engagement clair pour l’inclusion linguistique. C’est à cette condition que le Canada pourra répondre efficacement aux besoins de toutes ses communautés, sans exception.
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