L’Ontario championne des subventions aux entreprises : l’IEDM suggère de sabrer l’« aide corporative » pour réduire l’impôt

Par Patrick Bizindavyi

L’Ontario trône désormais au sommet du palmarès du « bien-être corporatif » au Canada. Selon de nouvelles données publiées par l’Institut économique de Montréal (IEDM), les subventions aux entreprises ont bondi de plus de 200 % en dix ans dans la province, coûtant aujourd’hui environ 713 $ par résident chaque année.

Face à ce constat, l’organisme avance une proposition choc : éliminer complètement ces subventions discrétionnaires pour plutôt sabrer massivement l’impôt général des entreprises, ce qui donnerait à l’Ontario le taux d’imposition le plus bas d’Amérique du Nord.

L’Ontario dépense désormais plus que le Québec

Historiquement reconnu pour son interventionnisme étatique, le Québec s’est fait damer le pion par sa province voisine. En 2024 (dernière année pour laquelle les données complètes sont disponibles), le gouvernement ontarien a injecté 11,5 milliards de dollars en subventions diverses, contre 8,5 milliards de dollars pour Québec.

« C’est un fait méconnu, mais l’Ontario dépense désormais plus que le Québec en bien-être corporatif, et ce, depuis des années », souligne Renaud Brossard, vice-président des communications à l’IEDM. « Malheureusement pour les Ontariens, imiter l’approche de taxation et de dépenses qui a échoué au Québec ne donnera pas de meilleurs résultats chez eux. »

En ajustant les chiffres pour inclure l’inflation, l’enveloppe ontarienne dédiée aux entreprises est passée de 2,9 milliards de dollars en 2014 à 11,5 milliards en 2024, ce qui représente une explosion de 209 % en une décennie.

Vers un taux d’imposition historique à 4,75 % ?

Au cours de l’exercice financier 2024-2025, le Trésor ontarien a perçu 27,8 milliards de dollars en impôts sur les sociétés.

En calculant la moyenne des sommes englouties par les subventions corporatives au cours de la dernière décennie, l’IEDM estime que leur abolition permettrait de sabrer radicalement le taux d’imposition provincial des entreprises, le faisant passer de 11,5 % à seulement 4,75 %.

En combinant ce nouveau plancher avec le taux d’imposition fédéral, le taux corporatif combiné de l’Ontario chuterait à 19,75 %. Selon une note de l’IEDM parue précédemment, une telle réforme ferait instantanément de l’Ontario la juridiction fiscale la plus attractive pour les affaires sur tout le continent nord-américain.

Mettre fin aux « projets favoris » du gouvernement

Pour les tenants de cette approche fiscale, le système actuel de subventions s’apparente à une loterie où le gouvernement choisit lui-même les gagnants et les perdants de l’économie locale.

« Contrairement aux subventions, des impôts plus bas profiteraient à tous les entrepreneurs ontariens de manière équitable, sans risquer des milliards de dollars de fonds publics », conclut Renaud Brossard. « Les Ontariens méritent mieux de la part de leur gouvernement que de voir leur argent misé dans une poignée de projets favoris et coûteux. »

Reste à voir si le gouvernement de Doug Ford — qui a pourtant fait de la compétitivité économique son cheval de bataille — prêtera l’oreille à cette proposition de virage fiscal à 180 degrés.

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