Forum des hommes alliés d’Oasis centre des femmes: commémorer pour transformer

Par Guillaume Lorin

Le 5 décembre 2025, au Collège Boréal, la communauté franco-torontoise se rassemblait à l’appel de Oasis Centre des Femmes pour une commémoration à forte portée symbolique : honorer les 14 femmes assassinées lors du féminicide de l’École Polytechnique de Montréal en 1989, mais aussi les nombreuses victimes de violences basées sur le genre en 2025. Placée sous le thème « Se souvenir. Comprendre. Agir », la soirée a réuni citoyennes, citoyens, intervenants communautaires et chercheurs autour d’un objectif commun : transformer le souvenir en moteur d’action collective.

La soirée était aussi l’occasion de lancer avec les hommes alliés le projet de recherche-action Sa lutte, ma lutte de Oasis Centre des femmes, mettant en lumière des initiatives essentielles pour soutenir une transformation durable, et s’inscrivait dans la clôture des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre. Les intervenants ont rappelé combien la prévention des violences exige non seulement des politiques publiques ambitieuses, mais aussi un engagement sincère de l’ensemble de la société — y compris et surtout des hommes, qui sont comme cela à été plusieurs fois rappelé au cœur du problème, mais aussi de la solution face aux violences faites aux femmes.

Oasis Centre des femmes
Karim Djinko, Funch Curier et Serge Paul lors du panel de discussion de Oasis Centre des Femmes.

Un moment de recueillement profondément nécessaire

La soirée s’est ouverte par un hommage solennel aux victimes de Polytechnique, un événement qui reste, plus de 35 ans plus tard, un choc fondateur pour les mouvements féministes et pour la lutte contre les violences en milieu scolaire, professionnel et communautaire au pays. Les participantes et participants ont également observé un moment de recueillement en mémoire des victimes de féminicides de l’année au Canada, rappelant l’urgence persistante d’agir face à une crise qui continue de s’aggraver.

Inès Benzaghou directrice générale d’Oasis, a rappelé l’importance de poursuivre la lutte, ensemble. Deux anciennes étudiantes de Polytechnique, Mme Isabelle Dostaler, vice-rectrice aux études et à la recherche à l’UOF, et Michèle Laframboise, autrice, ont pris la parole afin d’offrir un témoignage précieux, empreint de force et de courage, sur ces événements tragiques.

Les hommes au cœur du changement

L’un des temps forts de la soirée fut la discussion animée par les panélistes des Hommes alliés, un groupe déjà bien connu pour ses initiatives de sensibilisation, notamment lors du Forum des hommes alliés d’Oasis, où les discussions avaient porté sur les masculinités positives, la prévention des violences et la responsabilité individuelle et collective des hommes. Leur message demeure clair : les violences basées sur le genre ne cesseront pas sans une implication active des hommes dans la transformation des normes sociales.

Karim Djinko, formateur spécialisé en leadership, Funch Curier, consultant en basketball et agent de projet chez Point Ancrage Jeunesse, et José Kouadio, auteur et producteur du film Face cachée, ont partagé réflexions, perspectives et pistes d’action sur l’engagement des hommes comme alliés dans la prévention des violences basées sur le genre dans un panel animé par Serge Paul.

Les échanges ont mis en lumière plusieurs pistes d’action concrètes :
– reconnaître et déconstruire les comportements toxiques normalisés ;
– créer davantage d’espaces d’apprentissage pour les hommes ;
– renforcer la capacité d’écoute et de remise en question ;
– soutenir les survivantes en centrant leur expérience.

Sa Lutte, Ma lutte

Lancement du projet Sa lutte, ma lutte

La soirée a marqué le lancement officiel de Sa lutte, ma lutte, un projet de recherche-action visant à comprendre les motivations qui poussent certains hommes à s’engager contre les violences, tout en analysant les obstacles et résistances que d’autres expriment. L’objectif : développer des outils d’intervention adaptés, basés sur des données concrètes, pour renforcer l’engagement masculin dans la prévention.

Ce projet se distingue par son approche participative : les hommes ne sont pas étudiés « de l’extérieur », mais impliqués comme co-constructeurs des solutions. Une perspective cohérente avec l’esprit de l’événement : bâtir un espace inclusif, respectueux et véritablement collaboratif.

Un appel à l’action collective pour les femmes

En clôture, les organisateurs ont rappelé que la commémoration ne suffit pas. Honorer les victimes implique de s’engager activement dans le changement, en soutenant les organismes communautaires, en dénonçant les comportements violents, en valorisant les relations égalitaires, en renforçant l’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge, et en donnant une place centrale à la parole des survivantes.

La participation nombreuse et l’implication des partenaires démontrent qu’une mobilisation réelle est en marche. Mais les défis restent immenses. Inès Benzaghou, directrice générale d’Oasis Centre des femmes, soulignait en fin de rencontre la parution du premier rapport annuel de la police de Toronto consacré à la violence conjugale, publié en novembre dernier. Le document apporte un début de transparence, mais aussi un rappel brutal de l’ampleur du problème : 20 389 cas de violence signalés en 2024, contre 16 216 cas recensés entre janvier et novembre 2025.

Photos: G. Lorin

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