C’est maintenant officiel: le Canada s’apprête à entrer dans une nouvelle ère du transport ferroviaire avec le lancement du projet “Alto”, un réseau de train à grande vitesse (TGV) reliant la Ville Reine à Québec. Annoncé par le premier ministre Justin Trudeau lors d’une conférence de presse à Montréal, ce projet monumental réduira considérablement les temps de trajet dans le corridor le plus peuplé du pays.
Une révolution pour les transports canadiens
“Alto” promet de transformer la mobilité en reliant les principales villes du corridor Toronto-Québec à une vitesse de plus de 300 km/h. Ce réseau électrifié de 1 000 km comprendra des arrêts à Toronto, Peterborough, Ottawa, Montréal, Laval, Trois-Rivières et Québec. Le trajet entre Toronto et Montréal ainsi à seulement trois heures, une énorme amélioration par rapport au temps de trajet actuel de 5 heures et 2 minutes de Toronto à Montréal, au mieux, avec VIA Rail, tandis que le trajet Montréal-Québec sera réduit à 1 h 30.
La ministre des Transports, Anita Anand, a souligné l’importance de ce projet pour moderniser un système de transport devenu obsolète. “Près de la moitié de la population de notre pays vit dans ce corridor. Le système actuel n’a pas suivi le rythme”, a-t-elle déclaré.
Un investissement majeur pour l’économie
Le projet sera supervisé par “Alto”, une société d’État créée en 2022 sous le nom de VIA HFR. Le consortium Cadence, composé de grandes entreprises comme CDPQ Infra, Air Canada et SNCF Voyageurs, sera responsable de la conception, du financement, de l’exploitation et de l’entretien du réseau.
L’étape actuelle de codéveloppement bénéficie d’un financement fédéral de 3,9 milliards de dollars sur six ans, en plus des 371,8 millions prévus dans le budget 2024. Le coût total du projet reste flou, bien que certaines estimations précédentes évaluaient un TGV entre Toronto et Québec à plus de 100 milliards de dollars.
Le gouvernement Trudeau présente cependant “Alto” comme un investissement stratégique qui pourrait injecter jusqu’à 35 milliards de dollars annuellement dans le PIB et créer plus de 51 000 emplois durant la construction.
Un projet polarisant sur le plan politique
L’annonce de ce projet a été accueillie avec enthousiasme par certains, notamment la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a déclaré que “ce train à haute vitesse est absolument nécessaire pour un pays comme le Canada”.
Toutefois, l’opposition reste sceptique. Le député conservateur Philip Lawrence a qualifié l’annonce de “séance photo de 5 milliards de dollars”, critiquant le fait que Trudeau quitte son poste dans quelques semaines, laissant ainsi l’avenir du projet incertain.
Le NPD, de son côté, exige des garanties écrites pour que le matériel utilisé soit d’origine canadienne et que le projet ne devienne pas une simple privatisation au bénéfice d’intérêts privés.
Un avenir incertain mais prometteur
Malgré les critiques, de nombreux Canadiens voient en “Alto” une opportunité pour moderniser le transport interurbain et réduire la dépendance aux voitures et aux vols courts.
Toutefois, la mise en œuvre prendra du temps et devra surmonter des obstacles financiers et politiques. L’absence d’un calendrier précis pour la construction alimente les interrogations quant à la réalisation effective du projet.
Seul l’avenir dira si “Alto” deviendra réalité ou s’il rejoindra la longue liste des projets ferroviaires canadiens abandonnés avant d’avoir vu le jour.