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Critique : Une colonie, un premier long-métrage de Geneviève Dulude-de Celles

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Mylia (Émilie Bierre), prenant son essor dans Une colonie, le premier long-métrage de fiction de Geneviève Dulude-De Celles et lauréat du prix Écran du meilleur film.

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Loin de la lueur estivale du premier brasillement douillet où deux enfants se baignent dans leur innocence et, ivres d’espoir, vivent leur premier amour, Une colonie est une approche craintive, or sous la même lumière, de ce que veut dire « être adolescent » ; de survivre dans ce monde exotique, aliène, dans ce microcosme transitoire par lequel, pourtant, toute l’Humanité a traversé, mais comme un moment fuyant, éphémère de sa jeunesse, et où elle sera à jamais irrecevable : la société prépubère.

Légèrement à la manière d’Olivia (Elsie Fisher), dans Ma huitième année (Eigth Grade) de Bo Burnham, nominée pour les Golden Globes, Mylia (Émilie Bierre) dans ce qui devait être sa douce insouciance adolescente, innocente et enfantine, vit une soucience incertaine, corrompue par des êtres qui ont encore à grandir, apprenant ainsi par leurs erreurs la moral humaine – une découverte de soi qui, malheureusement, laisse certains, errant encore, cherchant leur place dans cette structure sociale vivante, vipérine à souffrir, comme Mylia qui cependant, malgré la constriction de cette société, réussit à s’échapper avant qu’il ne soit trop tard.

Ce n’est tout de même pas sans aide qu’elle se retrouve, car elle accoste Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie), sauvage, impulsif, voilé de mystères par l’inconnaissance des autres de lui, de sa culture ; voilé aussi par les rumeurs, par les peurs d’un peuple incompréhensif ; mais alors il tente de se libérer – de se libérer de ces chaînes imposées à lui par la société : de ces rumeurs innocentes, mais indoctes qui lui renferme dans sa solitude. Ce n’est pas sans lutte ; mais, doté d’une étincelle de sagesse, de direction morale, il se retrouve lui aussi dans la liberté sauvage que peut offrir la vie avec les autres ; il se retrouve avec Mylia dans une amitié pure qui parfois, avec ses haut et ses bas, est plus forte encore que l’amour.

Ainsi, ensemble, ils construisent et se partagent leurs impressions du monde, découvrant cette profonde intimité que peut avoir deux êtres qui se comprennent : ils peuvent alors jaillir de ces castes imposées à eux par la société, pour être irréductiblement eux-mêmes. Pendant tout le film, ils naviguent ce voyage initiatique, avec l’aide de l’Espoir, incarné par Camille (Irlande Côté), la petite sœur de Mylia, elle qui a encore le temps, la vie, la confiance et surtout, un guide : Mylia qui, enchaînée par cette expérience d’avoir vécu l’intimidation, et tourmentée par l’anxiété sociale, se déchaîne enfin ; et de la Sagesse, la grand-mère de Jimmy, habituée depuis longtemps aux rumeurs qui courent dans le village mais face à lesquelles elle reste immuable.

Geneviève Dulude-De Celles

À la fin, Mylia, la vraie Mylia, sera elle aussi immuable : elle affirmera son identité, elle perdra sa nature craintive et elle prendra son essor, même lorsque la vie lui lancera de plus grandes épreuves encore. La cinéaste Geneviève Dulude-De Celles, qui avec son premier long-métrage de fiction récolte des prix à foison, dont le prix Écran du meilleur film, avoue que pour elle aussi, son parcours vers le métier de cinéaste n’a pas été facile : doublement identitaire, comme femme, comme francophone, elle affirme cependant qu’elle demeure tout de même plus privilégiée que beaucoup d’Autochtones avec lesquels elle a travaillé, et rappelle que « nous [devrions tous] nous poser des questions sur la position que nous occupons dans la société. »

Une critique de Anlon To, éditorialiste.

 

 

Si vous désirez écouter l’entretien qu’a réalisé Anlon To avec Geneviève Dulude-De Celles, veuillez suivre ce lien.

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