Le CICA mise sur la jeunesse afrodescendante et l’entrepreneuriat féminin

Par Mike Laviolle

Le Centre de l’Identité et de la Culture Africaines veut tourner la page d’une année exigeante pour mieux préparer l’avenir. Réuni en assemblée générale annuelle lundi à Toronto, l’organisme communautaire a dressé un bilan qu’il qualifie de « positif » malgré des ressources limitées, tout en se projetant déjà vers plusieurs nouveautés pour sa huitième année d’existence. En parallèle, le CICA organisera samedi un premier événement entièrement consacré aux jeunes filles afrodescendantes et caribéennes du Grand Toronto, avec un accent particulier mis sur l’identité, l’art et l’entrepreneuriat.

Fondé en 2018, le CICA s’est progressivement imposé comme un organisme de référence auprès des jeunes afrodescendants francophones de la région torontoise. À travers des ateliers culturels, éducatifs et artistiques, sa mission est de permettre aux enfants et aux adolescents de mieux comprendre leur histoire et leur identité, tout en développant leur confiance en eux dans un environnement francophone souvent minoritaire.

Pour Sandra Adjou, l’assemblée générale annuelle a surtout été l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis les débuts modestes de l’organisation.

« On a commencé au début avec comme mission de donner des ateliers aux jeunes. Et on a tenu comme ça pendant deux ans sans avoir de financement », explique-t-elle. « On voulait s’assurer que notre mission était viable et que les familles répondaient présentes. »

« Faire beaucoup avec peu »

Si l’organisme se félicite aujourd’hui de sa croissance, la dernière année n’a pas été sans défis. Sandra Adjou évoque notamment une période plus complexe sur le plan organisationnel, marquée par son congé maternité et l’absence de remplacement à son poste.

« J’ai quand même travaillé entre les deux. Et pour ce qu’on a fait comme résultat, franchement, nous sommes fiers », affirme-t-elle.

Le CICA reconnaît avoir organisé moins d’activités que certaines années précédentes, mais estime avoir réussi à maintenir l’essentiel de sa mission auprès des jeunes.

« Les jeunes sont impactés. Donc c’est en ça que je dis que ça a été vraiment un bilan positif », poursuit la fondatrice.

Cette capacité d’adaptation fait d’ailleurs partie de la philosophie de l’organisme depuis sa création. Dans un contexte où plusieurs organismes communautaires francophones afrodescendants doivent composer avec des ressources financières et humaines limitées, le CICA mise beaucoup sur l’engagement de son équipe, les partenariats et la proximité avec les familles.

Sandra Adjou insiste également sur l’importance des différentes personnalités qui composent désormais l’organisation et sur la richesse culturelle qui en découle.

« La mission reste la même. La vision reste la même. Mais c’est vraiment le mélange de personnes, de personnalités et de cultures qui fait un beau résultat commun », explique-t-elle.

À l’approche du huitième anniversaire du CICA, prévu en septembre, l’organisme prépare déjà plusieurs nouveautés, même si certains projets demeurent encore confidentiels. « On est vraiment en train de travailler quelque chose de nouveau », glisse Sandra Adjou, qui promet « une année de nouveauté » pour le CICA.

Une reconnaissance symbolique

Parmi les moments marquants de l’année écoulée, la fondatrice retient particulièrement la réception de la médaille du couronnement du roi Charles III en mai 2025. Une distinction qu’elle considère comme une reconnaissance du travail accompli à la fois personnellement et collectivement à travers le CICA.

« Ça nous a montré combien notre travail est regardé et reconnu », souligne-t-elle. « Ça donne envie d’aller encore plus loin et de continuer malgré les difficultés. »

Pour Sandra Adjou, cette reconnaissance dépasse le cadre individuel et met également en lumière les enjeux vécus par les organismes afrodescendants francophones au Canada.

« C’est vrai qu’on est dans une grande francophonie, mais on est quand même une minorité dans cette francophonie-là », rappelle-t-elle.

Miser sur l’éducation et les partenariats

Le CICA souligne aussi avoir renforcé plusieurs collaborations au cours de la dernière année, notamment dans le secteur éducatif. L’un des partenariats dont l’organisme est le plus fier concerne La RUCHÉE, un organisme pancanadien qui promeut l’éducation par les arts dans les écoles francophones.

Le partenariat est né autour des bandes dessinées produites par le CICA, utilisées comme outils pédagogiques pour aborder l’histoire et la culture afrodescendantes en français.

« Ils nous ont approchés dans le cadre de nos bandes dessinées parce que c’est artistique et éducatif », explique Sandra Adjou. « Et ensuite, notre matériel s’est retrouvé accessible à des enseignants partout au pays. »

Cette visibilité dans le milieu scolaire représente une étape importante pour l’organisme, alors que plusieurs provinces commencent progressivement à intégrer davantage de contenus liés à l’histoire des communautés noires dans les programmes éducatifs.

« Quand on crée un projet, notre objectif est d’impacter les jeunes. Mais quand ça crée des retombées comme ça dans le domaine éducatif, c’est extrêmement encourageant », ajoute-t-elle.

Le CICA affirme également vouloir continuer à développer des collaborations communautaires dans les prochaines années afin d’élargir sa portée et de rejoindre davantage de jeunes familles afrodescendantes francophones dans le Grand Toronto.

Un espace pensé pour les jeunes filles afrodescendantes

Cette volonté d’accompagnement se poursuivra dès samedi avec un nouvel événement organisé en partenariat avec SWAYED. Baptisée « Le Meetup des Filles – Toronto », l’initiative vise à offrir un espace destiné spécifiquement aux jeunes filles afrodescendantes et caribéennes âgées principalement de 15 à 25 ans.

Selon Sandra Adjou, l’idée est née d’un constat simple : peu d’espaces existent réellement pour permettre à ces jeunes femmes de parler librement de leurs réalités, de leurs ambitions et de leur identité.

« Souvent, on prend les jeunes dans leur globalité, mais on a réalisé que les jeunes afrodescendantes n’ont pas forcément un espace pour elles », explique-t-elle.

L’événement, organisé au George Chuvalo Neighbourhood Centre, proposera des activités variées mêlant développement personnel, réseautage, entrepreneuriat et création artistique.

Au programme : un atelier entrepreneurial immersif, des activités de réseautage, des échanges autour de l’identité et de l’estime de soi ainsi qu’un atelier de peinture sur toile animé par Yelena Mensah.

Le volet entrepreneurial occupera une place importante de la journée grâce à la participation d’une entrepreneure partenaire venue de Montréal, qui accompagnera les participantes dans le développement de projets concrets.

« On ne veut pas seulement parler d’identité ou de cheveux. On veut aussi leur donner des outils pratiques, les motiver à entreprendre et leur montrer qu’elles peuvent concrétiser leurs idées », résume Sandra Adjou.

Initialement réservé aux participantes âgées de 15 à 25 ans, l’événement a finalement élargi son invitation à partir de 12 ans après plusieurs demandes de parents.

« Le plus important pour nous, c’est que les jeunes aient la maturité pour comprendre l’impact qu’on veut avoir », explique la fondatrice.

Le projet a été monté sans financement spécifique. Malgré cela, les organisateurs ont choisi d’investir leurs propres ressources afin de concrétiser cette initiative communautaire.

« Tant que le jeune est impacté, c’est notre récompense », affirme Sandra Adjou.

Le « Meetup des Filles – Toronto » se tiendra le samedi 30 mai 2026 de 12 h 30 à 17 h 30 au George Chuvalo Neighbourhood Centre. Les inscriptions sont disponibles sur Eventbrite.

Événement CICA

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Mike Laviolle – Grand Toronto – IJL

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