C’est une liaison parfois tumultueuse, parfois douce, qu’entreprennent Canadien·ne·s et coyotes. Je ne t’embête pas tant que tu regardes ailleurs, mais quand tu regardes ailleurs, moi j’en profite. Je me rapproche pour aller mieux, mais pour aller mieux, je voudrais que tu sois plus loin. De plus en plus, cette cohabitation semble devenir intrinsèque, et cela soulève quelques questions.
Toronto est-t-elle atteinte d’un « problème de coyote » ?
Si les médias semblent publier de plus en plus de signalements de coyotes, ces observations peuvent parfois être erronées. En effet, certain·e·s Torontois·e·s laissent, délibéremment ou non, d’importantes sources de nourriture qui attirent les coyotes dans les rues. Lorsque l’animal trouve une source d’alimentation stable, il a tendance à retourner se servir. Ainsi, l’un d’entre eux peut être vu à multiples reprises, mais pris pour différentes bêtes.

Une famille de coyotes aperçue sous le balcon d’une résidence à Calgary (2016)
Photo : archives La Presse canadienne
Le nombre de coyotes augmente-t-il donc vraiment ?
Puisque la province ne recense pas la population de coyotes qui s’y trouve, il est impossible de donner des chiffres concrets. En revanche, tous s’entendent sur une augmentation du nombre de coyotes en ville.
Mais cette croissance, qui déplaît à plusieurs, est liée au déplacement majeur d’une autre espèce : les humains. En effet, les forêts régressant à mesure que s’agrandissent les villes, les coyotes se voient obligés de s’adapter à un nouvel habitat. Le paysage urbain est d’ailleurs plutôt alléchant pour ces animaux : les repas faciles qu’offrent les villes sont pour eux un merveilleux cadeau d’accueil ! Il faut aussi dire que l’échange se fait dans les deux sens : si les coyotes semblent envahir les villes, nous prenons aussi d’assaut leurs demeures en y construisant nos chalets.
Est-il dangereux de partager une ville avec des coyotes ?
Les coyotes sont naturellement timides, évitent les humains et les confrontations agressives. Ils n’ont pas une page d’agenda dans laquelle est inscrite : « à 6h00, je mange un chien, et quand j’ai fini de digérer mon en-cas, je dévore quelques enfants ». La ville est pour eux un moyen de vivre moins péniblement, alors ils continueront d’en profiter. Il est donc normal, en toutes saisons, le jour, la nuit, dans un parc ou dans la rue, de croiser des coyotes.
Si la présence de crocs et de griffes inquiète plusieurs habitants, le coyote ne montre normalement pas de comportement violent, et il est très rare qu’il s’attaque à l’homme. Il est encore plus rare que les blessés succombent de leurs blessures.
Selon les chercheurs américains Linsey White et Stanley Gehrt, les coyotes de toute l’Amérique du Nord ne s’en seraient pris qu’à 159 personnes en près de 50 ans. Du moment que cette cohabitation se fait dans le respect, il n’est donc pas dangereux de partager nos rues avec les coyotes.

Le parc Stanley est jugé être un lieu à risque pour les coyotes.
Photo : Alex Flood (Toronto Today)
Lesquels de nos animaux domestiques courent-t-ils des risques, et comment les protéger ?
Protéger son chat
Il n’est pas rare que les chats domestiques servent de proie aux coyotes. Ils s’en nourrissent, ou s’en servent d’exemple pour apprendre la chasse à leurs petits.
Les coyotes étant des animaux nocturnes, il est fortement recommandé de rentrer son chat domestique la nuit. Veuillez toutefois noter qu’en été, il n’est pas rare de rencontrer des coyotes en plein jour : ceux-ci cherchent à nourrir leurs petits. Ils sont alors particulièrement actifs tôt le matin ou en début de soirée.
Pour limiter les risques d’attaque lorsque votre animal vagabonde :
- Ne le laissez pas sortir sans surveillance, et demandez à vos voisins de garder l’œil ouvert.
- Ne laissez pas de nourriture près du lieu d’habitation, et arrangez-vous avec vos voisins pour qu’ils fassent de même.
- Assurez-vous que votre chat ne laisse pas de traces évidentes de son passage (excréments, boules de poils, proies…)
Pour limites les risques d’attaque depuis chez vous :
- Établissez un espace extérieur protégé, comme un patio fermé.
- Ne laissez pas votre propriété devenir un potentiel lieu de rendez-vous : évitez l’accumulation de débris, taillez régulièrement la végétation, bloquez l’accès sous votre terrasse ou cabanon.
- Nourrissez votre chat à l’intérieur. Si vous devez le nourrir à l’extérieur, rentrez le bol dès qu’il a fini.
- Installez un système d’alarmes ou de lumières activés par le mouvement. Pour conserver l’effet de surprise, déplacez-les régulièrement ou alternez leur utilisation.
Conseils de sécurité en cas de rencontre :
- Si vous êtes dans les parages, prenez votre chat dans vos bras – vous ne savez jamais comment il pourrait réagir.
- Si votre animal est attaqué par un coyote, n’essayez pas de les séparer avec vos mains. Tentez plutôt de l’effrayer en ayant recours aux stratégies de protection.

Chatte de Dawna Wightman, blessée par un coyote en 2017 dans le quartier des Beaches.
Photo : Dawna Wightman
Protéger son chien
Les coyotes considèrent les gros chiens comme des rivaux. Ils représentent pour eux une compétition, et les attaqueront afin de défendre leur territoire, leur nourriture, leur partenaire ou leurs petits.
Pour ce qui est des petits chiens, ceux-ci prennent moins la forme d’un concurrent que d’un bon casse-croûte. En effet, avec leur taille similaire à celle d’un gibier et leurs mouvements rapides, ces canidés font une proie parfaite pour le coyote.
Veuillez noter que les chiens sont plus à risque de se faire attaquer lors de la saison de reproduction des coyotes, soit de janvier à juin.
Pour limiter les risques d’attaque en promenade :
- Gardez toujours votre chien en laisse, et évitez celles qui sont extensibles ou flexibles.
- Restez à l’affût : excréments frais, pistes, jappements aigus ou animaux de compagnie hésitants à s’aventurer dehors sont des indices de la présence d’un coyote
- Évitez les promenades entre le crépuscule et l’aube, et variez les itinéraires.
- Ne portez pas d’écouteurs, et privilégiez la marche en groupe ou dans les zones de forte fréquentation piétonne.
- Évitez de sortir entre le crépuscule et l’aube.
- Jetez au plus vite les excréments que votre animal laisse dehors.
Pour limiter les risques d’attaque depuis chez vous :
- S’il faut que votre animal sorte la nuit, utilisez le bruit et la lumière comme outils de protection.
- Nourrissez votre chien à l’intérieur. Si vous devez le nourrir à l’extérieur, rentrez le bol dès qu’il a fini.
- Installez un système d’alarmes ou de lumière activés par le mouvement. Pour conserver l’effet de surprise, déplacez-les régulièrement ou alternez leur utilisation.
- Ne laissez pas votre propriété devenir un potentiel lieu de rendez-vous : évitez l’accumulation de débris, taillez régulièrement la végétation, bloquez l’accès sous votre terrasse ou cabanon.
- Établissez un espace extérieur protégé, comme un patio fermé.
Conseils de sécurité en cas de rencontre :
- Si sa taille le permet, prenez votre chien dans les bras – vous ne savez jamais comment ils pourraient réagir. Sinon, tenez-le en laisse courte, et dirigez-vous vers une zone de forte fréquentation piétonne.
- Si votre animal est attaqué par un coyote, n’essayez pas de les séparer avec vos mains. Tentez plutôt de l’effrayer en ayant recours aux stratégies de protection.
- Ne permettez jamais à votre chien d’interagir ou de jouer avec un coyote.

Photo : Evan Buhler, archives de la La Presse canadienne
Protéger les animaux de compagnie de petite taille
Du lapin à la poule, le coyote peut considérer tous les petits animaux comme des proies. Afin de les protéger, appliquez les mêmes procédures de sécurité que ci-dessus.
Si vous en avez, renforcez aussi vos poulaillers d’une enclosure, et mettez en place des clôtures d’au moins 2 mètres de haut, s’enfonçant jusqu’à un minimum de 30 centimètres dans le sol. Les clôtures électriques sont réputées les plus efficaces pour éloigner les coyotes.
Et la rage, dans tout ça ?
Selon l’organisme Santé publique Ontario, les coyotes peuvent bel et bien être porteurs de la rage, même s’ils sont très rarement infectés. En Ontario, le dernier cas de rage chez un coyote remonte à 2002.
En cas de doute quant à la santé de votre animal, consultez votre vétérinaire, et veillez à faire vacciner votre compagnon de cœur et d’âme.
Stratégies de protection
Avec sa jolie bouille de fripouille, certain·e·s pourraient être tenté·e·s, en croisant un coyote, de s’en approcher pour le toucher ou le photographier. Lels reviendraient au bercail pour dire, « Regardez qui j’ai croisé, j’étais tout près, et je l’ai même caressé ! » en montrant fièrement les photos.
Mais la vie sauvage ne se laisse jamais faire aussi facilement, et cette pratique de prendre les coyotes pour des ours en peluche peut se révéler dangereuse, tant pour le coyote que pour vos animaux de compagnie et vous.
Les stratégies de protection pour des face à face avec ces animaux se divisent selon trois types de rencontres : si vous voyez un coyote, si celui-ci s’approche de vous et s’ il vous attaque.

Photo : Tim Krochak
Si vous voyez un coyote
La règle d’or est de ne pas s’approcher, mais de lui laisser suffisamment d’espace pour qu’il puisse prendre la fuite.
Conseils de sécurité :
- Restez calme – ne courrez pas en hurlant dans la direction opposée.
- S’il ne vous regarde pas, profitez-en pour vous éloigner le plus silencieusement possible en veillant à ce qu’il ne vous suive pas. Sinon, reculez lentement sans lui tourner le dos.
- Ne poursuivez pas le coyote.
Veuillez noter que si le coyote semble malade et/ou blessé, se trouve dans ou près d’un bâtiment éloigné d’un grand parc ou d’un espace ouvert ou qu’il semble confus en présence d’objets inanimés, il est fortement recommandé de contacter la Ville au numéro 311.
Si un coyote s’approche de vous
Dans ce cas-ci, votre première réaction devrait être de l’inciter à s’éloigner.
Conseils de sécurité :
- Effarouchement : maintenez le contact visuel, restez face au coyote et affirmez vous.
- Faîtes du bruit : utilisez une voix forte et assurée, sifflez, klaxonnez, applaudissez ou tapez du pied.
- Faîtes-vous imposant.e : faites vous paraître grand.e et menaçant.e. Au besoin, lancez un petit caillou, une balle ou un bâton dans sa direction en veillant à ne pas le blesser.
- Prudence : Il est impossible de savoir comment un enfant réagira face à un coyote. Si vous êtes accompagné.e.s de jeunes enfants, prenez-les donc dans vos bras.
Veuillez noter que l’effarouchement n’est recommandé que lorsque le coyote semble habitué à la présence humaine, est actif en journée dans une région peuplée, entre dans la cour de quelqu’un ou s’approche d’une personne et/ou d’un animal de compagnie.
L’effarouchement peut être dangereux ou n’est pas recommandé si le coyote évite la présence humaine, s’il se trouve la nuit dans un espace ouvert ou lorsqu’il n’a pas de chemin de fuite.
S’il vous attaque
Encore une fois, les attaques sur les humains sont rares en Ontario. En revanche, si cela venait à vous arriver, luttez agressivement contre l’animal en visant le museau et les yeux.
La cohabitation : un petit effort pour de plus grands bénéfices
Il a été établi que pour les humains comme pour les coyotes, il est normal de profiter des villes. Afin que coyotes, humains et animaux de compagnie cohabitent en sécurité, il est néanmoins indispensable de se rendre à l’évidence : un petit faux pas ne nous mènera pas à l’apocalypse, mais de le répéter, par ignorance ou par sa propre volonté, c’est nous vouer à l’échec.

Photo : Leroy Buckley
Pourquoi cohabiter avec les coyotes ?
Partager Toronto avec ces boules de poils, ça ne veut pas dire que nous devrions avoir peur de sortir de chez nous, car si les coyotes en bénéficient, nous aussi ! En effet, ces animaux jouent un rôle important dans le maintien des écosystème, même en milieu urbain. En se nourrissant de rongeurs, il régule leur population, permettant la croissance d’espaces verts tout en assurant l’équilibre de la chaîne alimentaire. De plus, les coyotes se nourrissant aussi de charognes, ils contribuent au nettoyage naturel de l’environnement.
Quels seraient les gestes à poser pour cohabiter avec ces animaux ?
Bien que l’objectif idéal soit de vivre le plus harmonieusement possible, il est important que le coyote conserve sa méfiance envers l’homme afin d’assurer la sécurité des deux espèces. Afin qu’ils conservent leur distance, il est conseillé de ne pas laisser de traces de nourriture en extérieur, de garder sa propriété bien maintenue ainsi que son bout de trottoir propre, et surtout, de ne pas nourrir les coyotes.

Photo : Matt Knoth (Shutterstock)
Les Torontois sont-ils prêts à cohabiter avec les coyotes ?
En respectant ces créatures et en observant un comportement exemplaire, la compréhensions suit, et c’est peut-être le plus important. Individuellement, nous avons notre part de travail à faire pour que la sécurité de tous soit garantie. Pour ce faire, la Ville organise des sessions d’informations ouvertes au grand public, alors gardez un œil sur les affiches de votre quartier. Quant à savoir si l’on est prêts… on laisse vos actions parler pour vous !